‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 263 sur 269 · LIVRE QUATRIÈME. 5jI · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME. 5jI

discutait pas comme M. de Bonald, il ne chantait pas comme M. de Chateaubriand , il prophétisait avec les cheveux blancs, Tautorité et la rudesse d'un homme qui portait le jour et les foudres de Dieu. Sa riche et puissante nature l'avait merveilleusement prédisposé à ce rôle, ou plutôt ce n'était point un rôle, c'était une foi. Il croyait fermement à tout ce qu'il disait. C'était un homme de la Bible plus que de l'Évanpfile; il avait les audaces d'images, les éclairs, les retentissements des oracles de Jéhovah. Il ne reculait devant aucun paradoxe, pas m^me devant le bourreau et le bûcher. Il voulait que l'autorité de Dieu sur les esprits fiU armée comme l'autorité des trônes sur les hommes. Contraindre pour sauver, amputer pour assainir, imposer la tyrannie de la foi par les liclpui*s et par le glaive, voilà la doctrine qu'il osait préscMiter à un monde énervé de scepticisme et devenu tolérant au moins par incertitude de vérité. Le scandale de ces défis d'un philosophe absolu à l'esprit humain attira l'attpntion publique sur ses œuvres; le génie naturel de son style 1p fit lire de ceux-là mêmes qui le réprouvaient. Ce style, qui n'avait été façonné par aucun contact avec la littérature ofi'éminée du dornier siècle, avait les témérités, la grandfMir et la beauté sauvage d'un élément primitif; il rappelait les Essais dr MonUii'jnc , mais c'(4ail un Montaigne inculte, ivre (!(» loi au Vwn d'être flottant de doute, sachant peu et trouvant dans ses ignorances mêmes la simplicité de son dogme et la violence de sa conviction. Les Soirîrs de Snint'Pf-tprsbourg, premier livre de ce Platon des Alpes, étonnaient les hommes de lettres et charmaient les hommes de foi. On n'imaginait pas alors qu'une secte religieuse prendrait au sérieux les hardiesses de style du comte Joseph de Maistre, homme aussi doux et aussi tolérant que ses images étaient terribles, et (ju'on ferait de son livre le code d'une doctrine de terreur. •

55« NODVELLES CONFIDENCES.

L'autre, M. de Lamennais, était un jeune prêtre inconna jusque-là au monde, né dans la Bretagne, grandi dans la solitude et dans la rêverie, jeté par le dégoût des passions et par rimpétuosité infinie des désirs dans le sanctuaire, et voulant précipiter Tesprit de son siècle par la force de la persuasion au pied des mêmes autels où il avait cru trouver la foi et la paix. 11 n'y avait trouvé ni Tun ni l'autre, et sa vie devait être plus tard le long pèlerinage de son âme en mille autres cultes d'idées; mais alors il était convaincu, ardent, implacable, et son zèle le dévorait sous la forme de son génie. Ce génie rappelait à la fois Bossuet et Jean-Jacques Rousseau; logique comme l'un, rêveur comme l'autre, plus poli et plus acéré que les deux. Son Essai sur Vindiffèrtncr en matière de religion était un des plus éloquents appels qui pût sortir du temple pour y convoquer la jeunesse par la raison et par le sentiment. On s'arrachait ces pages comme si elles étaient tombées du ciel sur un siècle désorienté et sans voie. M. de Lamennais était plus qu'un écrivain alors, c'était l'apôtre jeune qui rajeunissait une foi.

Une autre école philosophique se ranimait à côté de celle de ces philosophes sacrés; c'était celle du platonisme moderne, de cette révélation par la nature et par la riison que Jean-Jacques Rousseau, Bernardin de Saint-Pierre, Ballanche, Jouffroy, Kératry, Royer-Collard, Aimé Martin, disciple pieux et continuateur de l'auteur de^ Éludes de la nature, avaient substituée peu à peu à ce matérialisme voisin de l'athéisme, crime, honte et désespoir de l'esprit humain.

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