LIVRE CINQUIÈME
impressions pour nous faire élever notre Âme à Fauteur de toutes ces merveilles, et pour nous mettre en communication avec lui par quelques soupirs lyriques de sa perpétuelle adoration.
Combien de fois, les soirs d*été, en se promenant avec nous dans la campagne, où nous ramassions des fleurs, des insectes, des cailloux brillants dans le lit du ruisseau de Sfilly, ne nous faisait-elle pas asseoir à côté d'elle, au pied d*un saule, et, le eœur débordant de son pieux enthousiasme, ne nous entretenait-elle pas du sens religieux et caché de cette belle création qui ravissait nos yeux et nos cœurs! Je ne sais pas si ces explications de la nature, des éléments, de la vertu des plantes, de la destination des insectes, étaient bien selon la science. Elle les prenait dans Pluche, BuGTon, Bernaniin de Saint-Pierre : mais, s'il n'en sortait pas des systèmes irréprochables de la nature, il en sortait un immense sentiment de la Providence et une religieuse bénédiction de nos esprits à cet océan infini des sagesses et des miséricordes de Dieu.
Quand nous étions bien attendris par ces sublimes commentaires, et que nos yeux commençaient à se mouiller d*admiratîon , elle ne laissait pas s'évaporer ces douces larmes au souffle des distractions légères et des pensées mobiles ; elle se hâtait de tourner tout cet enthousiasme de la contemplation en tendresse. Quelques versets des Psaumes qu'elle savait par cœur, appropriés aux impressions de la scène, tombaient avec componction de ses lèvres. Ils donnaient un sens pieux à toute la terre et une pai*ole divine à tous nos sentiments.
En rentrant, elle nous faisait presciue toujours passer devant U*s pauvres maisons des malades ou des indigents du ullage. Elle s'approchait de leurs lits, elle leur donnait
quelques conseils et quelques remèdes. Elle puisait ses ordonnances dans Tissot ou dans Buchan, ces deux médecjns populaires. Elle faisait de la médecine son étude assidue pour rappliquer aux indigents. Elle avait des vrais médecins le génie instinctif, le coup d'œil prompt, la main heureuse. Nous l'aidions dans ses visites quotidiennes. L'un de nous portait la charpie et Thuile aromatique pour les blessés; l'autre, les bandes de linge pour les compresses. Nous apprenions ainsi à n'avoir aucune de ces répugnances qui rendent plus tard l'homme faible devant la maladie , inutile à ceux qui souffrent, timide devant la mort. Elle ne nous écartait pas des plus affreux spectacles de la misère, de la douleur et même de l'agonie. Je l'ai vue souvent debout, assise ou à genoux au chevet de ces grabats des chaumières, ou dans les étables où les paysans couchent quand ils sont vieux et cassés, essuyer de ses mains la sueur froide des pauvres mourants , les retourner sous leurs couvertures, leur réciter les prières du dernier moment, et attendre patiemment des heures entières que leur Ame eût passé à Dieu, au son de sa douce voix.
Elle faisait de nous aussi les ministres de ses aumônes. Nous étions sans cesse occupés, moi surtout, comme le plus grand, à porter au loin, dans les maisons isolées de la montagne, tantôt un peu de pain blanc pour les femmes en couches, tantôt une bouteille de vin vieux et des morceaux de sucre, tantôt un peu de bouillon pour les vieillards épuisés faute de nourriture. Ces petits messages étaient même pour nous des plaisirs et des récompenses. Les paysans nous connaissaient à deux ou trois lieues à la ronde. Ils ne nous voyaient jamais passer sans nous appeler par nos noms d'enfant qui leur étaient familiers, sans nous prier d'entrer chez eux, d'y accepter un morceau de pain, du lard ou du fromage. Nous étions, pour tout le canton, les fils de la dame, les envoyés de bonne nouvelle , les anges de secours pour toutes les misères abandonnées des gens de la campagne. Là où nous entrions, entrait une providence, une espérance, une consolation, un rayon de joie et de charité. Ces douces