LIVRE SIXIÈME
•Milières sur lo socle de coite fenêtre, pour regarder ainoun>iis<Miieiil cet horizon de silence, de solitude et de recueillemont. Mon âme se 4)ortait avec d'indicibles élans vei^s ces l>n^, \ei*s ces lK)is, vers ces eaux; il me semblait que la félirite supit-me était de pouvoir y égarer, à ma volonté, mes [>as, comme j'y égarais mes regards et mes pensées, et si je (Niuvais Sciisir dans les gémissements du vent, dans les chants du rossignol, dans les bruissements des feuillages, dans le murmure lointain et répercuté des chutes d'eau, dans les tintements des clochettes des vaches sur la montagne, quel- <|u<»î»-unos des notes agrestes, des réminiscences d'oreille de mon enfance à Milly, dos larmes de souvenir, d'extase, tomkiit nt de mes yeux sur la pierre de la fenêtre, et je rentrais dans mon lit, pour y rouler longtemps en silence, dans mes n-ios éveillés, les images éblouissantes de ces visions.
Klles se mêlaient de jour en jour davantage dans mon ;*Hno a\ec les pensées et les visions du ciel. Depuis que Tadobwoiiro, en tmublant mes sens, avait inquiété, attendri et attristé mon imagination, une mélancolie un peu sauvage a^ait jeté comme un voile sur ma gaieté naturelle et donné un accent plus grave à mes pensées comme au son de ma MH\. Mes impressions étaient devenues si fortes, qu'elles en étaient douloureuses. Celte tristesse vague que toutes les rhos^ de la terre me faisaient éprouver m'avait tourné vei's rinfini. L'éducation éminemment religieuse qu'on nous «l<»nnait chez les jésuites, les prières fréquentes, les méditations, les cérémonies pieuses répétées, prolongées, rendues plus attrayantes par la parure des autels, la magnificence des costumes, les chants, l'encens, les fleui-s, la musique, •'\erraient sur des imaginations d'enfants ou d'adolescents do ^ives sfHluclions. Les ecclésiastiques qui nous les prodi- «^uairiit S} alKindonnaient les premiei's eux-mêmes avec la siiirérilo et la ferveur de leur foi. J'y avais résisté quelque t«'m|>s. sous l'impression des préventions et de l'antipathie que mon premier séjour dans le collège de Lyon m'avait tii^vfes contre mes premiei-s mattres. Mais la douceur, la lpndn»sM* d'àmo et la pei-suation insinuante d'un régime
9î CONFIDENCES.
plus sain, sous mes maîtres nouveaux, ne tardèrent pas à agir avec la toute-puissance de leur enseignement sur une imagination de quinze ans. Je retrouvai insensiblement auprès d'eux la piété naturelle que ma mère m'avait fait sucer avec son lait. En retrouvant la piété, je retrouvai le calme dans mon esprit. Tordre et la résignation dans mon âme, la règle dans ma vie, le goût de l'étude, le sentiment de mes devoire, la sensation de la communication avec Dieu, les voluptés de la méditation et de la prière, Famour du recueillement intérieur, et ces extases de l'adoration en pn^ sence de Dieu auxquelles rien ne peut être comparé sur la terre, excepté les extases d'un premier amour. Mais l'amour divin, s'il a des ivresses et des voluptés de moins, a de plus l'infini et l'éternité de l'être qu'on adore! Il a de plus encoiT sa présence perpétuelle devant les yeux et dans Tème de l'adorateur. Je le savourai dans toute son ai-deur et dans toute son immensité.
Il m'en i-esta plus tard ce qui reste d'un incendie qu^on a travei-sé: un éblouissement dans les yeux et une tache de bnllure sur le cœur. iMa physionomie en fut modifiée; la légèreté un peu évaporée de l'enfance y fit place à une gravité tendre et douce, à cette concentration méditative du l'egaitl et des traits qui donne l'unité et le sens moral au visage. Je ressemblais à une statue de l'Adolescence enlevéo un moment de l'abri des autels pour être offerte en mo<lèle aux jeunes hommes. Le recueillement du sanctuaire m'enveloppait jusque dans mes jeux et dans mes amitiés avec mes camarades. Ils m'approchaienf avec une certaine déférence, ils m'aimaient avec réserve.
J'ai peint dans /ocWr/zi , sous le nom d'un personnaj^e imaginaire, ce {[ue j'ai éprouvé moi-même de chaleur d'Ame contenue, d'enthousiasme pieux répandu en élancements de pensées, en épanchements et en larmes d'adoration devant Dieu, pendant ces brûlantes années d'adolescence, dans une maison religieuse. Toutes mes passions futui'es encore en pressentiments, toutes mes facultés de comprendre, de sentir et d'aimer encoi'e en germe, toutes les voluptés et toutes les