TII
tîe n'est elle-même encore qu'un rêve, et où i'homme n'est encoire qu'imagination !
Mais ce qui me passionnait par-dessus tout, c'étaient les poètes, ces poètes qu'on nous avait avec raison interdits pendant nos mâles études, comme des enchantements dangereux qui dégoûtent du réel en versant à pleins flots la coupe des illusions sur les lèvres des enfants.
Parmi ces poètes, ceux que je feuilletais de préférence n'étaient pas alors les anciens dont nous avions, trop jeunes, arrosé les pages classiques de nos sueurs et de nos larmes d'écolier. Il s'en exhalait, quand je rouvrais leurs pages, je ne sais quelle odeur de prison, d'ennui et de contrainte, qui me tes faisait refermer comme le captif délivré qui n'aime pas à revoir ses chaînes; mais c'étaient ceux qui ne s'inscrivent pas dans le catalogue des livres d'étude , les poètes modernes, italiens, anglais, allemands, français, dont la chair et le sang saut notre sang et notre chair à nous-mêmes, qui sentent, qui pensent, qui aiment, qui chantent, comme nous pensons, GOflftme nous chantons, comme nous aimons, nous, hommes d«s nouveaux jours: le Tasse, le Dante, Pétrarque, Shakea|ieare, Milton, Chateaubriand, qui chantait alors comme eax, Ossian surtout, ce poète du vague, ce brouillard de rimagination, cette plainte inarticulée des mei*s du Nord, cette écume des grèves , ce gémissement des ombres , ce roolis des nuages autour, des pics tempétueux de l'Ecosse, œ IXante septentrional aussi grand, aussi majestueux, aussi surnaturel que le Dante de Florence, plus sensible que lui, et qui arrache souvent à ses fantômes des cris plus humains et plus déchirants que ceux des héros d'Homère.
C'était le moment où Ossian, le poète de ce génie des raines et des batailles, régnait sur l'imagination de la France. ■M^ur-Lormian le traduisait en vers sonores pour les camps