‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 52 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME. Ul · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. Ul

avances avoc Fabandon et la naïveté de mon âge. Nous n'étions pas encore arrivés à Rome que le beau voyageur et moi nous étions déjà inséparables. Le courrier, dans ce t<>mps-là, ne mettait pas moins de trois jours pour aller de Fh>rence à Rome. Dans les auberges, mon nouvel ami était mon interprète; à table, il me servait le premier; dans la toiture, il me ménageait à côté de lui la meilleure place, et, si je m>ndonnais, j'étais sûr que ma tête aurait son épaule pour oreiller.

Quand je descendais de la voiture aux longues montées de la Toscane ou de la Sabine, il descendait avec moi, m'expliquait le pays, me nommait les villes, m'indiquait les monuments ; il cueillait mc^me de belles fleurs et achetait de t>elles flgues et de beaux raisins sur la route. Il remplissait de ces fruits mes mains et mon chapeau. Davide semblait %oir avec plaisir l'affection de son compagnon de voyage pour le jeune étranger. Ils se souriaient quelquefois en me n>gardant d'un air d'intelligence, de finesse et de bonté.'

Arrivés à Rome la nuit, je descendis tout naturellement dans la même auberge qu'eux. On me conduisit dans ma chambre : je ne me réveillai qu'à la voix de mon jeune ami, qui frappait à ma porte et qui m'invitait à déjeuner. Je m'habillai à la hâte et je descendis dans la salle où les voyageurs étaient réunis. J'allais serrer la main de mon compagnon de voyage et je le cherchais en vain des yeux parmi les convives, quand un rire général éclata sur tous les visages. Au lipu du fils ou du neveu de Davide, j'aperçus à côté de lui une charmante figure de jeune fille romaine élégamment Têtue et dont les cheveux noirs, tressés en bandeau autour du front, étaient rattachés derrière par deux longues épingles d'or à têtes de perles, comme les portent encore les paysannes de Tivoli. C'était mon ami qui avait repris, en arrivant à Rome, son costume et son sexe.

J'aurais dû m'en douter à la tendresse de son regard et à la grâce de son sourire. Mais je n'avais eu aucun soupçon. <-• L'habit ne change pas le cœur, me dit en rougissant la belle Romaine ; seulement vous ne dormirez plus sur mon

**paule, et, au lieu de recevoir de moi des fleurs, c'est vous qui m'en donnerez. Cette aventure vous apprendra à ne pas vous fier aux apparences d'amitië qu'on aura pour vous plus tard ; cela pourrait bien être auti'e chose. i>

La jeune fille était une cantatrice, élève et favorite de Davide. Le vieux chanteur la conduisait partout avec lui ; il la traitait en père plus qu'en protecteur, et n'était nullement jaloux des douces et innocentes familiarités qu'il avait laissées lui-même s'établir entre nous.

Davide et son élève passèrent quelques semaines à Rome. Le lendemain de notre arrivée, elle reprit ses habits d'homme el me conduisit d'abord à Saint-Pien'e, puis au Colisée, à Frascati, à Tivoli, à Albano; j'évitai ainsi les fatigantes redites de ces démonstrateur gagés qui dissèquent aux voyageurs le cadavre de Rome, et qui, en jetant leur monotone litanie de noms propres et de dates à travers vos impressions, obsèdent la pensée et déroutent le sentiment des belles choses. La Camilla n'était pas savante ; mais, née à Rome, elle savait d'instinct les beaux sites et les grands aspects dont elle avait été frappée dans son enfance.

Elle me conduisait sans y penser aux meilleures places et aux meilleures heures, pour contempler les restes de la ville antique : le matin, sous les pins aux larges dômes du Monte- Pincio; le soir, sous les grandes ombres des colonnades de Saint-Pierre ; au clair de lune, dans l'enceinte muette du Colisée; par de belles journées d'automne, à Albano, à Frascati et au temple de la Sibylle tout retentissant et tout ruisselant de la fumée des cascades de Tivoli. Elle était gaie et folâtre comme une statue de l'éternelle Jeunesse au milieu de ces vestiges du temps et de la mort. Elle dansait sur la tombe de Cécilia Métella, et, pendant que je rêvais assis sur

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