‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 53 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME. U'J · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. U'J

une pieri-c, elle faisait résonner des éclats do sa voix de ihéâtrc les voûtes sinistres du palais de Dioctétien.

Le soir, nous revenions à la ville, notre voiture i^emplie fie fleurs et de débris de statues, rejoindre le vieux Davide, fiue ses aflaires retenaient à Rome, et qui nous menait finir la journée dans sa loge au théâtre. La cantatrice, plus âgée i|ue moi de quelques années, ne me témoignait pas d'autres s(*ntimentsque ceux d'une amitié un pou tendre. J'étais trop timide pour en témoigner d'autres moi-même; je ne les ressentais même pas, malgré ma jeunesse et sa beauté. Son costume d'homme, sa familiarité toute virile, le son mâle de sa \oix de contralto et la liberté de ses manières me faisaient une telle impression, que je ne voyais en elle qu'un beau j<*une homme, un camarade et un ami.

Quand Camilla fut partie, je restai absolument seul à Rome, bans aucune lettre de recommandation, sans aucune autre connaissance que les sites, les monuments et les ruines où la Camilla m'avait introduit. Le vieux peintre chez lequel j'étais logé ne sortait jamais de son atelier que pour aller le dimanche à la messe avec sa femme et sa fille, jeune personne de seize ans aussi laborieuse que lui. Leur maison était une espace de couvent où le travail de l'artiste n'était interrompu que par un frugal repas et par la prière.

Le soir, quand les dernières lueurs du soleil s'éloignaient sur les fenêtres de la chambre haute du pauvie peintre, et que les cloches des monastères voisins sonnaient VAve Maria, cet adieu harmonieux du jour en Italie, le seul délassement de la lamille était de lire ensemble le chapelet et de psalmotlier à demi-chant les litanies, jusqu'à ce que les voix, affais- S4'(*s par le sommeil, s'éteignissent dans un vague et monotone murmure, semblable à celui du flot qui s'apaise sur une plage où le vent tombe avec la nuit.

liO CONFIDEiNCES.

J'aimais cette scène calme et pieuse du soir, où finissait une journée de travail par cet hymne de trois âmes, s'élevant au ciel pour se reposer du jour: Cela me reportait au souvenir de la maison paternelle, où notre mère nous réunissait aussi, le soir, pour prier, tantôt dans sa chambre, tantôt dans les allées de sable du petit jardin de Milly, aux dernières lueurs du crépuscule. En retrouvant les mêmes habitudes, les mêmes actes, la même religion, je me sentais presque sous le toit paternel dans cette famille inconnue. Je n'aî jamais vu de vie plus recueillie, plus solitaire, plus laborieuse et plus sanctifiée que celle de la maison du peintre romain.

Le peintre avait un frère. Ce frère ne demeurait pas avec lui. Il enseignait la langue italienne aux étrangers de distinction qiii passaient les hivers à Rome. C'était plus qu'un professeur de langues, c'était un lettré romain du premier mérite. Jeune encore, d'une figure superbe, d'un caractère antique, il avait figuré avec éclat dans les tentatives de révolution que les républicains romains avaient faites pour ressusciter la liberté dans leur pays. Il était un des tribuns du peuple, un des Rienzi de l'époque. Dans cette courte résurrection de Rome antique suscitée par les Français, étouffée par Mack et par les Napolitains, il avait joué un des premiers rôles, il avait harangué le peuple au Capitole, arboré le drapeau de l'indépendance et occupé un des premiers postes de la république. Poursuivi, persécuté, emprisonné au moment de la réaction, il n'avait dû son salut qu'à l'arrivée des Français, qui avaient sauvé les républicains, mais qui avaient confisqué la république.

Ce Romain adorait la France révolutionnaire et philosophique ; il abhorrait l'empereur et l'empire. Bonaparte était pour lui, comme pour tous les Italiens libéraux, le César de la liberté. Tout jeune encore, j'avais les mêmes sentiments. Cette conformité d'idées ne tarda pas à se révéler entre nous. En voyant avec quel enthousiasme à la fois juvénile et antique je vibrais aux accents de liberté quand nous lisions ensemble les vers incendiaires du poète Monti ou les scènes

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