‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 55 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME. U · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. U

Maintenant, quand je reclierche bien dans ma pensée toutes mes impressions de Rome, je n'en trouve que deux qui eflacent, ou qui, du moins, dominent toutes les autres : le Colisée, cet ouvrage du peuple romain ; 8aint-Pierre, ce rhef-d'œuvre du catholicisme. Le Cotisée est la trace gigantf*sque d'un peuple surhumain, qui élevait pour son orgueil «•l ses plaisirs féroces des monuments capables de contenir toute une nation. Monument rivalisant par la massé et parla dun»e avec les œuvres mêmes de la nature. Le Tibre aurSa tari dans ses rives de boue que le Cotisée le dominera encore.

Saint-Pierre estTœuvre d'une pensée, d'une religion, de r humanité tout entière à une époque du monde! Ce n'est plus là un édifice destiné à contenir un vil peuple. C'est un temple destiné à contenir toute la philosophie, toutes les prières, toute la grandeur, toute la pensée de l'homme. Les murs semblent s'élever et s'agrandir, non plus à la proportion d'un peuple, mais à la proportion de Dieu. Michel-Ange seul a compris le catholicisme et lui a donné dans Saint- Pierre sa plus sublime et sa plus complète expression. Saint- Pierre est véritablement l'apothéose en pierres, la transfiguration monumentale de la religion du Christ.

Les architectes des cathédrales gothiques étaient des barbares sublimes. Michel-Ange seul a été un philosophe dans sa conception. Saint-Pierre, c'est le christianisme philosophique d'où Tarchilecte divin chasse les ténèbres, et où il fiait entrer l'espace, la beauté, la symétrie, la lumière à flots intarissables. La beauté incomparable de Saint-Pierre de Rome, c'est que c'est un temple qui ne semble destiné qu'à revêtir l'idée de Dieu de toute sa splendeur.

Le christianisme périrait que Saint-Pierre resterait encore le temple universel, éternel, rationnel, de la religion quel-

conque qui succéderait au culte du Christ, pourvu que celte religion fût digne de Thumanité et de Dieu! C'est le temple le plus abstrait que jamais le génie humain, inspiré d'une idée divine, ait construit ici-bas. Quand on y entre, on ne sait pas si Ton entre dans un temple antique ou dans un temple moderne ; aucun détail n'offusque Foeil, aucun symbole ne distrait la pensée; les hommes de tous les cultes} entrent avec le môme respect. On sent que c'est un temple qui ne peut être habité que par l'idée de Dieu, et que toute autre idée ne remplirait pas.

Changez le prêtre, ôtez l'autel, détachez les tableaux, emportez les statues, rien n'est changé, c'est toujours la maison de Dieu! ou plutôt, Saint-Pierre est à lui seul un grand symbole de ce christianisme éternel qui, possédant en germe dans sa morale et dans sa sainteté les développements successifs de la pensée religieuse de tous les siècles et de tous les hommes, s'ouvre à la raison à mesure que Dieu la fait luire, communique avec Dieu dans la lumière, s'élargit et s'élève aux proportions de l'esprit humain grandissant sans cesse et recueillant tous les peuples dans l'unité d'adoration, fait de toutes les formes divines un seul Dieu, de toutes les fois un seul culte, et de tous les peuples une seule humanité.

Michel-Ange est le Moïse du catholicisme monumental, tel qu'il sera un jour compris. Il a fait l'arche impérissable des temps futurs, le Panthéon de la raison divinisée.

Enfin, après m'être assouvi de Rome, je voulus voir Naples. C'est le tombeau de Virgile et le berceau du Tasse qui m'y attiraient surtout. Les pays ont toujours été pour moi des hommes. Naples, c'est pour moi Virgile et le Tasse. 11 me semblait qu'ils avaient vécu hier, et que leur cendre était encore tiède. Je voyais d'avance le Pausilippe et Sorrente, le

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