‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 60 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

le bleu du ciel, et ëclose comme d'un rêve de poète pendant le léger sommeil d*une nuit d*ëté.

L'Ile d*Ischia, qui sépare le golfe de Gaête du golfe de Naples, et qu*un étroit canal sépare elle-même de l'Ile de Procida , n'est qu'une seule montagne à pic dont la cime blanche et foudroyée plonge ses dents ébréchées dans le ciel. Ses flancs abrupts creusés de vallons , de ravines , de lits de torrents, sont revêtus du haut en bas de châtaigniers d'un lert sombre. Ses plateaux les plus rapprochés de la mer et inclinés sur les flots portent des chaumières, des villas rustiques et des villages à moitié cachés sous les treilles de vignes. Chacun de ces villages a sa marine. On appelle ainsi le petit port où flottent les barques des pêcheurs de l'tle et où se balancent quelques mâts de navires à voile latine. Les vergues tou • rheut aux arbres et aux vignes de la côte.

Il n'y a pas une de ces maisons, suspendue aux pentes de la montagne, cachée au fond de ses ravins, pyramidant sur un de ses plateaux, projetée sur un de ses ceps, adossée à son Njjsde châtaigniers, ombragée par son groupe de pins, entourée de ses arcades blanches et festonnée de ses treilles pendantes, qui ne fût en songe la demeure idéale d'un poète ou (Kun amant.

>os yeux ne se lassaient pas de ce spectacle. La côte abon- <lail eu poissons. Le pêcheur avait fait une bonne nuit. Nous alMirdàmes une des petites anses de Tlle pour puiser de l'eau d une source voisine et pour nous reposer sous les rochei-s. Vu soleil baissant, nous revînmes à Naples, couchés sur nos Niiirsde rameurs. Une voile carrée, placée en travers d'un r'tit mût sur la proue, dont l'enfant tenait l'écoute, suffisait (HHir nous faire longer les falaises de Procida et du cap M^^one, et pour faire écumer la surface de la mer sous notre •"ï-iuif.

Le vieux pécheur et Fenfant, aidés par nous, tirèreot leur barque sur le sable et emportèrent les paniers de poisson dans la cave de la petite maison qu'ils habitaient sous les rochers de la Hargellina.

Les jours suivants, nous reprîmes gaiement notre nouveau métier. Nous écumâmes tour à tour tous les flots de la mer de Napies. Nous suivions le vent avec indifiTérence partout où il soufflait. Nous visitâmes ainsi l'Ile de Capri , d*où l'imagination repousse encore l'ombre sinistre de Tibère ; Gumes et ses temples , ensevelis sous les lauriers touffus et sous les figuiers sauvages; Baîa et ses places mornes, qui semblent avoir vieilli et blanchi comme ces Romains dont elles abritaient jadis la jeunesse et les délices ; Portici et Pompéîa, riants sous la lave et sous la cendre du Vésuve; Gastellamare, dont les hautes et noires forêts de lauriers et de châtaigniers sauvages, en se répétant dans la mer, teignent en vert sombre les flots toujours murmurants de la rade. Le vieux batelier connaissait partout quelque famille de pécheurs comme lui, où nous recevions l'hospitalité quand la mer était grosse et nous empêchait de rentrer à Napies.

Pendant deux mois , nous n'entrâmes pas dans une auberge. Nous vivions en plein air avec le peuple et de la vie frugale du peuple. Nous nous étions faits peuple nous-mêmes pour être plus près de la nature. Nous avions pi^esque son costume. Nous parlions sa langue, et la simplicité de ses habitudes nous communiquait pour ainsi dire la naïveté de ses sentiments.

Cette transformation, d'ailleurs, nous coûtait peu, à mon ami et à moi. Élevés tous deux â la campagne pendant les orages de la Révolution, qui avait abattu ou dispersé nos familles, nous avions beaucoup vécu, dans notre enfance, de la vie du paysan : lui, dans les montagnes du Grésivaudan,

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