LIVRE SEPTIÈME
ehes ane nourrice qui Tavait recueilli pendant Temprisonnement de sa mère ; moi, sur les collines du HAconnais, dans la petite demeure rustique où mon père et ma mère avaient recueilli leur nid menacé. Du berger ou du laboureur de nos montagnes au pécheur du golfe de Naples, il n*y a de différence que le site, la langue et le métier. Le sillon ou la Tague inspirent les mêmes pensées aux hommes qui labourent la terre ou Feau. La nature parle la même langue à ceux qui cohabitent avec elle sur la montagne ou sur la mer. Nous réprouTions. Au milieu de ces hommes simples, nous ne nous trouvions pas dépaysés. Les mêmes instincts sont une parenté entre les hommes. La monotonie même de cette fie nous plaisait en nous endormant. Nous voyions avancer avec peine la fin de Tété et approcher ces jours d^automne et d*hiTer après lesquels il faudrait rentrer dans notre patrie. Nos familles, inquiètes, commençaient à nous rappeler. Nous éloignions autant que nous le pouvions cette idée de départ, et nous aimions à nous figurer que cette vie n'aurait point de terme.
Cependant septembre commençait avec ses pluies et ses tonnerres. La mer était moins douce. Notre métier, plus pénible, devenait quelquefois dangereux. Les brises fraîchissaient, la vague écumait et nous trempait souvent de ses jaillissements. Nous avions acheté sur le môle deux de ces capotes de grosse laine brune que les matelots et les lazzaroni de Naples jettent pendant l'hiver sur leurs épaules. Les manches larges de ces capotes pendent â côté des bras nus. Le capuchon, flottant en arrière ou ramené sur le front, selon le temps, abrite la tête du marin de la pluie et du froid, ou laisse la brise et les rayons du soleil se jouer dans ses cheveux mouillés.
tn jour, nous partîmes de la Margellina par une mer
d*huilc , que ne ridait aucun souffle , pour aller pécher des rougets et les premiers thons sur la côte de Gumes , où les courants les jettent dans cette saison. Les brouillards roux du matin flottaient à mi-côte et annonçaient un coup devant pour le soir. Nous espérions le prévenir et avoir le temps de doubler le cap Misène avant que la mer lourde et dormante fût soulevée.
La pèche était abondante. Nous voulûmes jeter quelques fllets de plus. Le vent nous surprit ; il tomba du sommet de VEpomeo. immense montagne qui domine Ischia, avec le bruit et le poids de la montagne elle-même qui s'écroulerait dans la mer. 11 aplanit d'abord tout l'espace liquide autour de nous, comme la hei-se de fer aplanit la glèbe et nivelle les sillons. Puis la vague, revenue de sa surprise, se gonfla murmurante et creuse, et s'éleva en peu de minutes à une telle hauteur, qu'elle nous cachait de temps à autre la côte et les fies.
Nous étions également loin de la terre ferme et d'Ischia, et déjà à demi engagés dans le canal qui sépare le cap Misène de nie gœcque de Procida. Nous n'avions qu'un parti à prendi-eMious engager résolument dans le canal, et, si nous i^ussissions à le fi-anchir, nous jeter à gauche dans le golfe de Baïa et nous abriter dans ses eaux tranquilles.
Le vieux pêcheur u*hésita pas. Du sommet d'une lame où réquilibix> de la ban]ue nous suspendit un moment dans un tourbillon dVcume, il jeta un regard rapide autour de lui, comme un homme égaré qui monte sur un arbre pour chercher sa ixnile : puis se pivcipilant au gouvernail : a A vos rames, enfants î s*écria-t-il : il faut que nous voguions au cap plus ^ilo que le vont: s*il nous y devance, nous sommes penlus î " Nous obéîmes comme le corps obéit à l'instinct.
Les jeux lî\és sur ses yeux comme pour y chercher le nq>îile indice de sa diivclion, nous nous penchâmes sur nos a>iix>ns, et tanliM gn)\ i>sant péniblement le flanc des lames nuuUaiUes, tanli^l nous pi*écîpilanl avec leur écume au fond des lames doscond;ui!es, nous cheiThions à ralentir notre cluUo par la ivsislanoo do nos rames dans l'eau. Huit ou dix ^aguos do plus on plus énormes nous jetèrent dans le plus