‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 69 sur 269 · LIVRE SEPTIÈME. U · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME. U

Ed pariant ainsi, nous descendions légèrement les mes en pente de Procida. Nous arrivâmes bientôt sur la marine, Cesi ainsi qu*on appelle la plage voisine de la rade ou du port, dans l'Archipel et sur les côtes d'Italie. La plage était couverte de barques d'ischia , de Procida et de Naples, que la tempête de la veille avait forcées de chercher un abri dans ses eaux. Les marins et les pécheurs dormaient au soleil, au bruit décroissant des vagues, ou causaient par groupes assis sur le môle. A notre costume et au bonnet de laine rouge qui recouvrait nos cheveux, ils nous prirent pour de jeunes matelots de Toscane ou de Gènes qu'un des bricks qui portent rhuile ou le vin d'ischia avait débarqués à Procida.

Nous parcourûmes la marine en cherchant de l'œil une t»arque solide et bien gréée, qui pût être facilement manœuîrée par deux hommes, et dont la proportion et les formes se rapprochassent le plus possible de celle que nous avions perdue. Nous n'eûmes pas de peine à la trouver. Elle appartenait à un riche pécheur de l'Ile qui en possédait plusieurs autres. Celle-là n'avait encore que quelques mois de service, ^otts allâmes chez le propriétaire , dont les enfants du port nous indiquèrent la maison.

Cet homme était gai , sensible et bon. Il fut touché du récit que nous lui fîmes du désastre de la nuit et de la désolation de son pauvre compatriote de Procida. Il n'en perdit pas une piastre sur le prix de son embarcation ; mais il n'en «"lagéra point la valeur, et le marché fut conclu pour trented«*ux sequins d'or, que mon ami lui paya comptant. Moyennant c«»tte somme, le bateau et un gréement tout neuf, voiles, jarres, cordages, ancre de fer, tout fut à nous.

Nous complétâmes même l'équipement en achetant dans une boutique du port deux capotes de laine rousse, une pour W vieillard, Pautre pour l'enfant; nous y joignîmes des filets

de diverses espèces, des paniers à poisson et quelques ustensiles grossiers de ménage à l'usage des femmes. Nous con- Tînmes avec le marchand de barques que nous lui payerions le lendemain trois sequins de plus , si l'embarcation était conduite le jour même au point de la côte que nous lui désignâmes. Comme la bourrasque baissait et que la terre élevée de l'Ile abritait un peu la mer du vent de ce côté, il s'y engagea j et nous repartîmes par terre pour la maison d'Andréa.

Nous fîmes la route lentement , nous asseyant sous tous les arbres, à l'ombre de toutes les treilles , causant , rêvant, marchandaot à toutes les jeunes Procitancs les paniers de figues, de nèfles, de raisins qu'elles portaient, et donnant aux heures le temps de couler. Quand , du haut d'un promontoire, nous aperçûmes notre embarcation qui se glissait furtivement sous l'ombre de la côte, nous pressâmes le pas pour arriver en même temps que les rameurs.

On n'entendait ni pas ni voix dans la petite maison et dans la vigne qui l'entourait. Deux beaux pigeons aux larges pattes emplumées et aux ailes blanches tigrées de noir, becquetant des grains de maïs sur le mur en parapet de la terrasse, étaient le seul signe de vie qui animât la maison. Nous montâmes sans bruit sur le toit; nous y trouvâmes la famille profondément endormie. Tous, excepté les enfants, dont les jolies têtes reposaient à côté l'une de l'autre sur le bras de Graziella, sommeillaient dans l'attitude de TafTaissement produit par la douleur.

La vieille mère avait la tête sur ses genoux, et son baleine semblait sangloter encore. Le père était étendu sur le dos, les bras en croix, en plein soleil. Les hirondelles rasaient ses cheveux gris dans leur vol. Les mouches couvraient son front en sueur. Deux sillons creux et serpentant jusqu*â sa bouche

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