LIVRE HUITIÈME
en longues notes traînantes ces airs marins ou champêtres dont raccent prolonge ou vibrant a quelque chose de la plainte du bois torturé par les vagues ou de la vibration stridente de la cigale au soleil ; les jeunes filles enfin, avec leurs robes courtes, les pieds nus, leurs soubrevestes vertes et jalonnées d*or ou de soie, et leurs longs cheveux noirs flottants sur leurs épaules, enveloppés d'un mouchoir noué sur la nuque, à gros nœuds, pour préserver leur chevelure de la poussière.
Elles y dansent souvent seules ou avec leurs sœurs; l'une lient une guitare, Tautre élève sur sa tête un tambour de iKisque entouré de sonnettes de cuivre. Ces deux instruments, Tun plaintif et léger, l'autre monotone et sourd, s'accordent merveilleusement pour rendre presque sans art ks deux notes alternatives du cœur de l'homme: la tristesse f*t la joie. On les entend pendant les nuits d'été sur presque tous les toits des lies ou de la campagne de Naples, même sur les barques; ce concert aérien, qui poursuit l'oreille de :>ile en site, depuis la mer jusqu'aux montagnes, ressemble aux bounlonnements d'un insecte de plus, que la chaleur fait naître et bourdonner sous ce beau ciel. Ce pauvre insecte, c'est rbomme, qui chante quelques jours devant Dieu sa jpunesse et ses amours, et puis qui se tait pour l'éternité I Je n*ai jamais pu entendre ces notes répandues dans l'air, du haut des astricos, sans m'arrêter et sans me sentir le cœur MTré, prêt à éclater de joie intérieure ou de mélancolie plus forte que moi.
Telles étaient aussi les attitudes, les musiques et les voix sur la terrasse du toit d'Andréa. Graziella jouait de la guitare, «•l Beppino, faisant rebondir ses doigts d'enfant sur le petit umbour qui avait servi autrefois à rendormir dans son ti»*rceau, accompagnait sa sœur. Bien que les instruments
fussent gais et que les attitudes fussent .celles de la joie, les airs étaient tristes, les notes lentes et rares allaient profondément pincer les fibres endormies du cœur. Il en est ainsi de la musique partout où elle n'est pas un yain jeu de l'oreille, mais un gémissement harmonieux des passions qui sort de Fâme par la voix. Tous ses accents sont des soupirs, toutes ses notes roulent des pleurs avec le son. On ne peut jamais frapper un peu fort sur le cœur de l'homme sans qu'il en sorte des larmes, tant la nature est pleine, au fond, de tristesse, et tant ce qui la remue en fait monter de lie à nos lëyres et de nuages & nos yeux !...
Même quand la jeune fille, sollicitée par nous, se levait modestement pour danser la tarantelie aux sons du tambourin frappé par son frère, et qu'emportée par le mouvement tourbillonnant de cette danse nationale, elle tournoyait sur elle-même, les bras gracieusement élevés, imitant avec ses doigts le claquement des castagnettes et précipitant le pas de ses pieds nus, comme des gouttes de pluie sur la terrasse; oui, même alors, il y avait dans Pair, dans les attitudes, dans la frénésie même de ce délire en action, quelque chose de sérieux et de triste, comme si toute joie n'eût été qu'une démence passagère, et comme si, pour saisfr un éclair de bonheur, la jeunesse et la beauté même avaient besoin de s'étourdir jusqu'au vertige et de s'enivrer de mouvement jusqu'à la folie!
Plus souvent nous nous entretenions gravement avec nos hdtes; nous leur faisions raconter leur vie, leurs traditions ou leurs souvenirs de famille. Chaque &mille est une bis-