‹ Œuvres de Lamartine (volume 2)Chapitre 84 sur 269 · LIVRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE NEUVIÈME

cachait dans sa poitrine. Elle l'attacha avec une épingle au rideau blanc de mon lit. Elle m'assura que je serais bientôt guéri par la vertu de la sainte image. Puis le jour commençant à baisser, elle me quitta, non sans revenir vingt fois de la porte à mon lit pour s'informer de ce que je pourrais désirer encore et pour me faire des recommandations plus mes de prier bien dévotement l'image avant de m'endormir.

Soit vertu de l'image et des prières qu'elle lui ût sans doute elle-même, soit influence calmante de cette apparition de tendresse et d'intérêt que j'avais eue sous les traits de Graziella, soit que la distraction charmante que sa présence et son entretien m'avaient donnée eût caressé et apaisé Fagacement maladif de tout mon être, à peine fut-elle sortie que je m'endormis d'un sommeil tranquille et profond.

Le lendemain , à mon réveil , en apercevant les écorces d'oranges qui jonchaient le plancher de ma chambre, la chaise de Graziella tournée encore vers mon lit comme elle favait laissée, et comme si elle allait s'y asseoir encore ; la petite médaille pendue à mon rideau par le collier de soie Doire, et toutes ces traces de celte présence et de ces soins de femme qui me manquaient depuis si longtemps, il me sembla, d'abord mal éveillé, que ma mère ou une de mes bœurs était entrée le soir dans ma chambre. Ce ne fut qu'en ouvrant tout à fait les yeux et en rappelant mes pensées une à une, que la figure de Graziella m' apparut telle que je l'avais ^ae la veille.

Le soleil était si pur, le repos avait si bien fortiûé mes membres, la solitude de ma chambre me pesait tant sur* le cœur, le besoin d'entendre de nouveau le son d'une voix connue me pressait si fort, que je me levai aussitôt, tout faible et tout chancelant que j'étais ; je mangeai le reste des

îhO CONFIDENCES.

oranges; je montai dans on corricolo de place et je me fis conduire instinctiTement da c6té de la Margellina.

krn\é près de la petite maison basse d'Andréa, je montai rescalier qui menait à la plate-forme au-dessus de la cave, et et sur laquelle s'ouvraient les chambres de la famille. Je trouTrai surTastrko Graziella, la grand*mëre, le vieux pécheur, Beppino et les enfants. Us se disposaient à sortir au même moment, dans leurs plus beaux habits, pour venir me voir. Chacun d*eux portait dans un panier, ou dans un mouchoir, ou à la main, un présent de ce que ces pauvres gens avaient imaginé devoir être plus agréable ou plus salutaire à un malade -. celui-ci une fiasque de vin blanc doré d*Ischia, fermée, en guise de liège, par un bouchon de romarin et d'herbes aromatiques qui parfument « le vase ; celle-là des figues sèches, celle-ci des nèfles, les petits enfants des oranges.. Le cœur de Graziella avait passé dans tous les membres de la famille.

Us jetèrent un cri de surprise en me voyant apparaître encore pÀle et faible , mais debout et souriant devant eux. Graziella laissa rouler de joie à terre les oranges qu'elle tenait dans son tablier, et, se frappant les mains l'une contre l'autre, elle courut à moi : « Je vous l'avais bien dit, s'écria-t-elle, que l'image vous guérirait si elle couchait seulement une nuit sur votre lit. Vous avais-je trompé? » Je voulus lui rendre l'image, et je la pris dans mon sein, où je l'avais mise nn soitant. u Baisez-la avant , » me dit-elle. Je la baisai', et un peu aussi le bout de ses doigts, qu'elle avait tendus pour

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