LIVRE NEUVIÈME
d*aatoaiD6 quand je me levai. Je convins avec le pécheur et sa femme du taux d'une petite pension que je donnerais par mois, pour le loyer de ma cellule, et pour ajouter quelque chose à la dépense du ménage. C'était bien peu, ces braves gens trouvaient que c'était trop. On voyait bien que, loin de chercher à gagner sur moi, ils souffraient intérieurement de ce que leur pauvreté et la frugalité trop restreinte de leur vie ne leur permettaient pas de m'offrir une 'hospitalité dont ils eussent été plus fiers si elle ne m'avait rien coûté. On ajouta deux pains à ceux qu'on achetait chaque matin pour la lamille, un peu de poisson bouilli ou ft-it à dtner, du laitage et des fruits secs pour le soir, de l'huile pour ma lampe, de la braise pour les jours froids : ce fut tout. Quelques fjrains de cuivre, petite monnaie du peuple à Naples, suffisaient par jour à ma dépense. Je n'ai jamais mieux compris combien le bonheur était indépendant du luxe , et combien on en achète davantage avec un denier de cuivre qu'avec une bourse d'or, quand on sait le trouver où Dieu Ta caché.
Je vécus ainsi pendant les derniers mois de l'automne et pendant les premiers mois de Tbiver. L'éclat et la sérénité de ces mois de Naples les font confondre avec ceux qui les ont précédés. Rien ne troublait la monotone tranquillité de notre Tie. Le vieillard et son petit- fils ne s'aventuraient plus en pleine mer à cause des coups de vent fréquents de cette saison. lis continuaienl à pécher le long de la côte, et leur poisson vendu sur la marine par la mère fournissait amplement à leur vie sans besoins.
Grariella se perfectionnait dans son art ; elle grandissait et embellissait encore dans la vie plus douce et plus sédentaire qu'elle menait depuis qu*elle travaillait au corail. Soir salaire, que son oncle lui apportait le dimanche, lui permettait non-^ulement de tenir ses petits frères plus propres
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et mieux vêtus et de les envoyer à Técole, mais encore de donner à sa grand'mëre et de se donner à elle-même quelques parties de costumes plus riches et plus élégants particuliers aux femmes de leur lie : des mouchoirs de soie rouge pour pendre derrière la tête en long triangle sur les épaules; des souliers sans talon, qui n'emboîtent que les doigts du pied, brodés de paillettes d'argent ; des soubrevestes de soie rayée de noir et de vert : ces vestes galonnées sur les coutures flottent ouvertes sur les hanches, elles laissent apercevoir par devant la finesse de la taille et les contours du cou orné de colliers; enfin de larges boucles d'oreilles ciselées où les fils d'or s'entrelacent avec de la poussière de perles. Les plus pauvres femmes des lies grecques portent ces parures et ces ornements. Aucune détresse ne les forcerait à s'en défaire. Dans les climats où le sentiment de la beauté est plus vif que sous notre ciel et où la vie n'est que l'amour, la parure n'est pas un luxe aux yeux de la femme : elle est sa première et presque sa seule nécessité.
Quand, le dimanche ou les jours de fête, Grazlella ainsi vêtue sortait de sa chambre sur la terrasse, avec quelques fleurs de grenades rouges ou de lauriers-roses sur le côté de la tête dans ses cheveux noii*s; quand, en écoutant le son des cloches de la chapelle voisine, elle passait et repassait devant ma fenêtre comme un paon qui se moire au soleil sur le toit; quand elle traînait languissamment ses pieds emprisonnés dans ses babouches émaillées en les regardant, et puis qu'elle relevait sa tête avec un ondoiement habituel du cou pour faire flotter le mouchoir de soie et ses cheveux sur ses épaules; quand elle s'apercevait que je la regardais, elle rougissait un peu, comme si elle eût été honteuse d'être si belle; il y avait des moments où le nouvel éclat de sa beauté me frappait tellement que je croyais la voir pour la