DES GALLOIS ET DES BRETONS, A ABERGAVENKY
OAIfS I.S PAYS DS OALLKS*.
Saint-Point, tô septembre IKi».
Quand ils se rencontraient sur la vague ou la grève. En souvenir vivant d'un antique départ, Nos pères se montraient les deux moitiés d'un glaive Dont chacun d'eux gardait la symbolique part : « Frère! se disaient-ils, reconnais-tu la lame? Est-ce bien là Téclair, Teau, la trempe et le fil? Et Tacier qu'a fondu le même jet de flamme Fibre à fibre se rejoint-il ? »
Et nous, nous vous disons : u 0 fils des mêmes plages ! Nous sommes un tronçon de ce glaive vainqueur;
1. On sait que les Gallois et les Bretons, d'origine celtique, se re^onnai>sent comme une seule famille, et célèbrent de temps en temps la commémiration de cette communauté de race.
Regardez-nous aux yeux, aux cheveux, aux visages : Nous reconnaissez-vous à la trempe du cœur?... N'est-ce pas cet œil bleu comme la mer profonde Qui brise entre nos caps sur des écueils pareils. Où notre ciel brumeux réfléchit dans son onde Plus de foudres que de soleils?
« Le vent ne fait-il pas battre sur vos épaules Au branle de vos pas ces forints de cheveux, Crinière aux nœuds dorés du vieux lion des Gaules, Où le soleil snnglant fait ondoyer ses feux? Ne résonnent-ils pas au souffle des tempêtes, Gomme ce crin épare par les lances porté. Étendards naturels que font flotter nos têtes Sur les clans de la lil)erté?
« De nos robustes mains quand la paume vous serre. Ce langage muet n'est-il pas un serment Qui jure Tamitié, Talliance ou la guerre. Que nul revers ne lasse et nul jour ne dément? Nos langues, où le bruit de nos grèves domine. Ne vibrent-elle pas rudes du même son , Ainsi que deux métaux nés dans la même mine Rendent Faccoixl à Tunisson ?
« Ne nous jouons-nous pas où le dauphin se joue? N'entrelaçons-nous pas, comme d'humbles roseaux. Le pin durci du pôle au chêne qui le noue Pour nous bercer aux vents dans les vallons des eaux ? N'emprisonnons-nous pas dans la toile sonore L'aile de la tempête, et, sur les flots amers, N'aimons-nous pas à voir le jour nomade éclore De toutes les vagues des mers?
Œ Le coursier aux crins noirs, trône vi\ant des braves. Ne nous nomme-t-il pas dans ses hennissements? Nos Iwrdes n'ont-ils pas des chants tristes et graves.
458 RECUEILLEMENTS l'OÉTlQUES.
Des harpes de Morveii vieux retentissements? N'en composent-ils pas les coixies les plus douces Avec les pleurs de l'homme et le sang des héros. Le vent plaintif du Nord qui siffle sur les mousses , Le chien qui hurle aux boixls des flots?
« Le poli de l'acier, Téclair de l'arme nue. Ne caressent-ils pas nos mains et nos regards? Est-il un horizon plus douv à noti-e vue Qu'un soleil de coml)ats sur des épis de dards? Le passé dans nos cœiii^s n'a*t-il pas des racines Qu'on ne peut extirper ni secouer du sol ? Et ne restons-nous pas rochei*s sous les ruines. Quand la poussière a pris son \ol?...
« Reconnaissons-nous donc, ô fils des mêmes pèi-esî Le sang de nos aïeux là-haut nous avouera: Que l'hydromel natal écume dans nos verres , Et poussons dans le ciel trois sublimes hourrah ! Hourrah pour l'Angleterre et ses falaises blanches î Houri-ah pour la Bretagne aux côtes de granit ! Houirah pour le Seigneur, qui rassemble les branches Au tronc d'où tomba le vieux nid !
« Que ce cri fraternel gronde sur nos montagnes, Comme l'écho joyeux d'un tonnerre de paLx î Que l'Océan le roule entre les deux Bretagnes! Que le vaisseau l'entende entre ses flancs épais ! Et qu'il fasse tomber dans la mer qui nous baigne. Avec l'orgueil jaloux de nos deux pavillons , L'aigle engraissé de mort, dont le bec encor saigne De la chair de nos bataillons ^ !
« L'esprit des temps rejoint ce que la mer sépare: Le titre de famille est écrit en tout lieu.