RÉPONSE
A Si:S LECTEUBS
RPITBE FAMIUfeRE
\u premier mille, hélas! de mon pèlerinage. Temps où le cœur tout neuf voit tout à son image. Où rame de seize ans, vierge de passions. Demande à Tunivere ses mille émotions, ^ Le soir d'un jour de fête au golfe de Venise, Seul, errant sans objet dans ma barque indécise, Je suivais, mais de loin, sur la mer, un bateau Dont les concerts flottants se répandaient sur Teau; Voguant de cap en cap, nageant de crique en crique. 1^ barque , balançant sa brise de musique. Élevait, abaissait, modulait ses accords * Que Fonde palpitante emportait à ses bonis. Kl, selon que la plage était sourde ou sonore. Mourait comme un soupir des mers qui s'évapore , Ou dans les antres creux réveillant mille échos Élançait jusqu'au ciel la fanfare des flots; Et moi, penché sur Tonde, et l'oreille tendue. Retenant sur les flots la rame suspendue, Je frémissais de perdre un seul de ces accents , Et le vent d'harmonie enivrait tous mes sens.
ïi RÉPONSE AUX ADIEUX
Celait un couple heureux d'amants unis la veille. Promenant leur bonheur à Theui'e où tout sommeille. El, pour mieux enchanter leurs fortunés moments, Hespirant Pair du golfe au son des instruments. La fiancée, en jouant avec Técume blanche, Qui de rétroit esiiuif venait laver la hanche , De son doigt dans la mer laissa toml)er Tanneau, Et pour le ressaisir son corps penché sur Teau Fit incliner le bord sous la vague qu'il rase; La vague, comme une eau qui surmonte le vase. Les couvrit : un seul cri i-etentit jusqu'au bord : Tout était joie et chant, tout fut silence et mort.
Eh bien ! ce que mon cœur éprouva dans cette heuiv Où le chant s'engloutit dans l'humide demeure. Je réprouve aujourd'hui, chantre mélodieux. Aujourd'hui que j'entends les suprêmes adieux De cette digère voix pendant quinze ans suivie. Voluptueux oubli des peines de la vie, Musiciue de l'esprit, brise des temps passés. Dont nos soucis dormants étaient si bien bercés! Heui-es de solitude et de mélancolie, Heures des nuits sans fin que le sommeil oublie. Heures de tribte attente, hélas! qu'il faut tromper. Heures à la main vide et qu'il faut occuper. Fantômes de l'esprit que l'ennui fait éclorc, V ides de la pensée où le cœur se dévore ! Le conteur a fini : vous n'aurez plus. sa voix. Et le temps va sur nous peser de tout son poids.
Ainsi tout a son terme , et tout cesse , et tout s'use.
A ce terrible aveu notre esprit se refuse :
Nous croyons en tournant les feuillets de nos jours
Que les pages sans fin en tourneront toujours;
Nous croyons que cet arbre au dôme frais et sombre.
Dont nos jeunes amoui*s cherchent la mousse et l'ombre.
Sous ses rideaux tendus doit éternellement
DE Slll WALTER SCOTT. oW
Balancer le zéphyr sur le front de Faniant;
Nous croyons que ce flot qui court, murmure et hriïle,
El (lu bateau bercé caresse en paix la quille,
Doit à jamais briller, murmurer et flotter,
Et sur sa molle écume à jamais nous porter;
Nous croyons que le livre où notre âme se plonge,
Et comme en un sommeil nage de songe en songe.
Doit dérouler sans lin cette prose ou ces vei-s,
Horizons enchantés d'un magique univers :
Mensonges de Tespril, illusion et ruse
Dont pour nous retenir ici-bas la \ie use î
Hélas! tout finit vite : encore un peu de temps,
l/arbre sVfi*euille et sèche, et jaunit le printemps;
l.a vague arrive en poudre à son dernier rivage,
l/Ame à Tennui, le livre c^ sa dernière page.
Mais pouniuoi donc le tien se ferme-t-il avant Que la mort ait fermé ton poème vivant, Homère de Thistoire à Timmense Odyssée, Qui, répandant si loin ta féconde pensK*, Soulèves les vieux joui*s, leur rends Tàme et le corps. Comme Tombre d'un dieu qui ranime les morts? Ta fibre est plus Sci\ante et n'est pas moins sonore. Tes jours n'ont pas atteint l'heure qui décolore; Ton front n'a pas encor perdu ses cheveux gris. Couronne dont la muse orne ses favoris, Oà, comme dans les pins de ta Calédonie, La brise des vieux joui-s est pleine d'harmonie. Mais, hélas! le poète est homme par les sens. Homme par la douleur! Tu le dis, tu le sens; l/argile périssable où tant d'âme palpite Se façonne plus belle et se brise plus vite; Le nectar est divin , mais le vase est mortel : C'est un Dieu dont le poids doit écraser l'autel; C'est un souffle trop plein du soir ou de l'aurore Qui fait chanter le vent dans un roseau sonore. Mais qui, brisé du son, le jette au bord de l'eau
Gomme un chaume séché battu sous le fléau ! • 0 néant! ô nature! ô faiblesse suprême! Humiliation pour notre grandeur même!
Main pesante dont Dieu nous courbe incessamment. Pour nous prouver sa force et notre abaissement. Pour nous dire et redire à jamais qui nous sommes. Et pour nous écraser sous ce honteux nom d'hommes !
Je ne m'étonne pas que le bronze et Tairain Cèdent leur vie au temps et- fondent sous sa main. Que les murs de gi^nit, les colosses de pierre De Thèbe et de Memphis fassent de la poussière. Que Babylone rampe au niveau des déserts, ,Que le roc de Galpé descende au choc des mère. Et que les vents, pareils aux deiits des boucs avidos, Écorcent jour à jour le tronc des pyramides : Des hommes et des jours ouvrages imparfaits, Le temps peut les ronger, c'est lui qui les a faits: Leur dégradation n'est pas une ruine.
Et Dieu les aime autant en sable qu'en colline. Mais qu'un esprit divin, souffle immatériel Qui jaillit de Dieu seul comme l'éclair du ciel. Que le temps n'a point fait, que nul climat n'altèi-e. Qui ne doit rien au feu, rien à l'onde, à la teriv. Qui, plus il a compté de soleils et de jours. Plus il se sent d'élan pour s'élancer toujours. Plus il sent, au torrent de force qui l'enivi-e. Qu'avoir vécu pour l'homme est sa raison de vivn*; Qui colore le monde en le réfléchissant; Dont la pensée est l'être et qui 'cix?e en pensant ; Qui, donnant à son œuvre un rayon de sa flamme. Fait tout sortir de rien et vivre de son âme. Enfante avec un mot, comme fit Jéhova, Se voit dans ce qu'il fait, s'applaudit, et dit : « Va I » N'a ni soir ni matin, mais chaque jour s'éveille Aussi jeune, aussi neuf, aussi Dieu que la veille; Que cet esprit captif dans les liens du corps
Sente en lui tout à coup défailiU* ses ressorts, Et, comme le mourant qui s'éteint, mais qui pense, Mesure à son cadran sa propre décadence, Qu'il sente l'univers se dérober sous lui ,• Levier divin» qui sent manquer le point d'appui , Aigle pris du vertige en son vol sur l'abtme, Qui sent l'air s'affaisser sous son aile et s'abîme : Ah ! voilà le néant que je ne comprends pas I Voilà la mort, plus mort que la mort d'ici-bas! Voilà la véritable et complète ruine !
Auguste et saint débris devant qui je m'incline. Voilà ce qui fait honte ou ce qui fait frémir. Gémissement que Job oublia de gémir!
Ton esprit a porté le poids de ce problème : Sain dans un corps inflrme, il se juge lui-même; Tes organes vaincus parlent pour t'avertir; Tu sens leur décadence , heureux de la sentir. Heureux que la raison, te prêtant sa lumière, T'arrête avant la chute au bord de la carrière ! Eh bien ! ne rougis pas au moment de l'asseoir: Laisse un long crépuscule à l'éclat de ton soir; Notre tâche commence et la tienne est finie : C*est à nous maintenant d'embaumer ton génie. Ah ! si comme le tien mon génie était roi. Si je pouvais d'un mot évoquer devant toi Les fantômes divins dont ta plume féconde Des héros, des amants a peuplé l'autre monde; Les sites enchantés que ta main a décrits, Paysc'iges vivants dans la pensée écrits; Les nobles sentiments s'élevant de tes pages Comme autant de parfums des odorantes plages. Et les hautes vertus que ton art fit germer. Et les saints dévouements que ta voix fait aimer; Dans un cadre où ta vie entrerait tout entière, Je'Ies ferais jaillir tous deVant ta paupière, Je les concentrerais dans un brillant miroir,