‹ Œuvres de LamartineChapitre 127 sur 145 · II03IMAGE · texte numérisé non relu

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Ce n'est pas que de Tor l'ardente soif s'allume Dans un cœur qui s'est fait un plus noble trésor; Ni que de son flambeau la gloire me consume De la soif d'un vain nom plus fugitif encor; Ce n'est pas qu'en nos jours la fortune du Dante Me fasse de l'exil amer manger le sel. Ni que des factions la colère inconstante ,iMe brise le seuil paternel.

Non, je laisse en pleurant, aux flancs d'une vallée. Des arbres chargés d'ombre, un champ, une maison, De tièdes souvenirs encor toute peuplée , Que maint regard ami salue à l'horizon. - J'ai sous l'abri des bois de paisibles asiles Où ne retentit pas le bruit des "factions. Où je n'entends, au lieu des tempêtes civiles. Que joie et bénédictions.

Un vieux père entouré de nos douces images Y tressaille au bruit sourd du vent dans les créneaux , Et prie, en se levant, le maître des orages De mesurer la brise à l'aife des vaisseaux; De pieux laboureurs, des serviteurs sans maître. Cherchent du pied nos pas absents' sur le gazon. Et mes chiens au soleil, couchés sous ma fenêtre, Hurlent de tendresse à mon nom.

J'ai des sœurs qu'allaita le même sein de femme. Rameaux qu'au même tronc le vent devait bercer; J'ai des amis dont l'âme est du sang de mon âme. Qui lisent dans mon œil et m'entendent penser; J'ai des cœui*s inconnus, où la muse m'écoute. Mystérieux amis à qui parlent mes vers, Invisibles échos répandus sur ma route Pour me renvoyer des concerts 1

Mais l'âme a des instincts qu'ignore la nature.

A LÂCADÉMIE DE MARSEILLE. 55;

Scmblablq^ à Tinstinct de ces hardis oiseaux, Qui leur fait, pour chercher une autre nourriture, ' Traverser d'un seul vol Tabîme aux grandes eaux. Que vont-ils demander aux climats de Taurore? N'ont-ils pas sur nos toits de la mousse et des nids? Et dos gerbes du champ que notre soleil dore , L'épi tombe pour leurs petits?

Moi , j'ai comme eux le pain que chaque jour demandt* , J'ai comme eux la colline et le flot écumeux; De mes humbles désirs la soif n'est pas plus grande. Et cependant je pars et je reviens comme eux ! Mais comme eux vei-s l'aurore une force m'attire; Mais je n'ai pas touché de l'œil et de la main Cette terre de Cham, notre premier empire. Dont Dieu pétrit le cœur humain.

Je n'ai pas navigué sur l'océan de sable. Au branle assoupissant du vaisseau du désert; Je n'ai pas étanché ma soif intarissable , Le soir, aux puits d'Hébron de trois palmiei*s couverts; Je n'ai pas étendu mon manteau sous les tentes. Dormi dans la poussière où Dieu retournait Job, Ni la nuit, au doux bruit des toiles palpitantes, Rêvé les rêves de Jacob.

Des sept pages du monde une me reste à lire : Je ne sais pas comment l'étoile y ti^emble aux cieux. Sous quel poids de néant la poitrine respire, ,

Comment le cœur palpite en approchant des dieux ! Je ne sais pas comment, au pied d'une colonne D'où l'ombre des vieux joui-s sur le barde descend , L'heriie parle à l'oreille , ou la ,terre bourdonne , Ou la brise pleure en passant.

Je n'ai pas entendu dans les cèdres antiques Les cris des nations monter et retentir.

l>o8 HOMMAGE'

Ni VU du haut Liban les aigles prophétiques . S'abattre au doigt de Dieu sur les palais de Tyr; Je n'ai pas reposé ma tête sur la terre Où Pahnyre n'a plus que l'écho de son nom, Ni fait sonner au loin, sous mon pied solitaire. L'empire vide de Memnon.

Je n'ai pas entendu , du fond de ses abîmes. Le Jourdain lamentable élever ses sanglots , Pleurant avec des pleurs et des cris plus sublimes Que ceux dont Jérémie épouvanta ses flots; • Je n'ai pas écouté chanter en moi mon âme Dans la grotte sonore où le barde des rois Sentait au sein des nuits l'hymne à la main de flamuH' Arracher la harpe à ses doigts.

Et je n'ai pas marché sur des traces divines Dans ce champ où le Christ pleura sous l'olivier; Et je n'ai pas cherché ses pleurs sur les racines D'où les anges jaloux n'ont pu les essuyer! Et je n'ai pas veillé pendant des nuits sublimes Au jardin où, suant sa sanglante sueur, L'écho de nos douleui-s et l'écho de nos crimes Retentirent dans un seul cœur.

Et je n'ai pas couché mon front dans la poussière Où le pied du Sauveur en partant s'imprima ; Et je n'ai pas usé sous mes lèvres la pierre , Où, de pleurs embaumé, sa mère l'enferma; Et je^ n'ai pas frappé ma poitrine profonde Aux lieux où , par sa mort conquérant l'avenir, il ouvrit ses deux bras pour embrasser le monde , Et se pencha pour le bénir.

Voilà pourquoi je pars, voilà pourquoi je joue Quelque reste de jours inutile ici-bas.

Qu'importe sur quel bord le vent d'hiver secoue

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L'arbre stérile et sec, et qui n'ombrage pas? — L'insensé ! dit la foule. — Ëlle-niénie insensée ! iNous ne trouvons pas tous notre pain en tout lieu : Du banle voyageur le pain c'est la pensée, Son cœur vit des œuvres de Dieu !

\diêu donc mon vieux père, adieu mes sœui-s cbérios, \dieu ma maison blanche à l'ombre du noyer. Adieu mes beaux coursiei*s oisifs dans mes prairies. Adieu mon chien fidèle, hélas! seul au foyer!!! Votre image me trouble, et me suit^mme l'ombre De mon bonheur passé qui veut me retenir : ^h! puisse se lever moins douteuse et moins sombre L'heure qui doit nous réunir !

Et toi, terre livrée à plus de vents et d'onde Que le frêle navire où flotte mon destin! Terre qui porte en toi la fortune du monde ! Adieu ! ton bord échappe à mon œil incertain ! Puisse un rayon du ciel déchirer le nuage Qui couvre trône et temple, et peuple et liberté ! Et l'allumer plus pur sur ton sacré rivage Ton phare d'immortalité !

Et toi, Mai-seille, assise aux portes de la France Comme pour accueillir ses hôtes dans tes eaux. Dont le port sur ces mers rayonnant d'espérana» S'ouvre comme un nid d'aigle aux ailes des \aisscau\. Où ma main presse encor plus d'une main chérie. Où mon pied suspendu s'attache avec amour, ' Reçois mes derniers vœux en quittant la patrie. Mon premier salut au retour!

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