‹ Œuvres de LamartineChapitre 2 sur 145 · INVOCATION · texte numérisé non relu

INVOCATION

Tt)i qui donnas sa voix à l'oiseau de l'aurore, pour chanter dans le ciel Thymne naissant du jour; Toi qui donnas son âme et son gosier sonore \ Toitseau que le soir entend gémir d'amour;

T«»i qui dis aux forêts : « Répondez au zéphire : » Vu\ ruisseaux : m Murmurez d'harmonieux accoi*ds ! » Vui torrents : » Mugissez! » à la brise : « Soupire! ^ \ rori^an : « Gémis en mourant sur tes bords! »

U moi. Seigneur, aussi, pour chanter tes merveilles, Tu m as donné dans l'âme une seconde voix V\h> pure que la \oix qui parle à nos oreilles. Plus forte que les vents, les ondes et les bois !

iO HARMONIES POÉTIQUES ,

Les cieux rappellent Grâce, et les hommes Génie; G^est un soufDe affaibli des bardes d'Israël, * Un écbo dans mon sein, qui change en harmonie Le retentissement de ce monde mortel !

Mais c'est surtout ton nom, ô Boi de la nature.

Qui fait vibrer en moi cet instrument divin !

Quand j'invoque ce nom, mon cœur plein de murmure

Résonne comme, un temple où Ton chante sans fin ,

Gomme un temple rempli de voix et de prièœs.

Où d'échos eu échos le son roule aux autels !

Eh quoi ! Seigneur, ce bronze, et ce marbre, et ces pierres.

Retentiraient-ils mieux que le cœur des mortels?

Non, mon Dieu, non, mon Dieu, grâce à mon saint partage. Je n'ai point entendu monter jamais vei*s toi D'accords plus pénétrants, de plus divin langage. Que ces concerts muets qui s'élèvent en moi î

Mais la parole manque à ce brûlant déliit? : Pour contenir ce feu tous les mots sont glacés. Eh! qu'importe. Seigneur, la parole à ma lyre? Je l'entends, il suffit; tu réponds, c'est assez !

Don sacré du Dieu qui m'enflamme.

Harpe qui fais trembler mes doigts.

Sois toujours le cri de mon âme , A Dieu seul rapporte ma voix.

Je frémis d'amour et de crainte Quand, pour toucher ta corde sainte.

Son esprit daigna me choisir; Moi, devant lui moins que poussière.

Moi, dont jusqu'alors l'âme entière N'était que silence et désir !

Hélas! et j'en rougis encore.

ET RELIGIEUSES. il

iDgrai au plus beau de ses dons, Harpe que Fange même adore.

Je profanai tes premiers sons; Je fis ce que ferait Timpie, Si ses mains, sur Tautei de vie, Abusaient des vases divins.

Et sll couronnait le calice.

Le calice du sacrifice.

Avec les roses des festins !

Mais j'en jure par cette honte Dont rougit mon front confondu, Et par cet hymne qui remonte Au ciel dont il est descendu ; J'en jure par ce nom sublime Qui ferme et qui rouvre Tablme , Par rœil qui lit au fond des cœurs.

Par ce feu sacré qui m'embrase.

Et par ces transports de l'extase Qui trempent tes cordes de pleurs!

iK> tes accents mortels j'ai perdu la mémoire. Ni»u^ ne chanterons plus qu'une éternelle gloire \u !»pul digne, au seul saint, au seul grand, au seul bon; ¥»*s jours ne seront plus qu'un éternel délire, Vun âme qu'un cantique, et mon cœur qu'une lyre; Et chaque souffle enfin que j'exhale ou j'aspire, L n accord à ton nom !

Élevez-vous, voix de mon âme , Avec l'aurore, avec la nuit!

Élancez-vous comme la flamme.

Répandez-vous comme le bruit !

Flottez sur l'aile des nuages, Mélez-vous aux vents, aux orages.

Au tonnerre, au fracas des flots; L'homme en vain ferme sa paupière.

it JIARMOMES POÉTIQUES

l/lninne élcrnel de la prière TrouTera partout des échos î

Ne craignez pas que le murmure De tous ces astres à la fois.

Os mille voix de la nature Étouffent voti-e fail)le Toix !

Tandis que les sphères mug:issent, Kt que les sept cieux retentissent Des bruits roulant en son honneur, 1/humhIe écho que Pâme réveille Porte en mourant à son oreille 1^ moîndi^ voix qui dit : « Seigneur!

Élevez-vous dans le silence, A riieui-e où dans Tombre du soir I^ lampe des nuits se balance.

Quand le pi-étre éteint Fencensoir!

Élevez-vous aux Ixirds des ondes.

Dans ces solitudes profondes Où Dieu se révèle à la foi î Chantez dans mes heures funèbres :

\mour, il n'est point de ténèbres.

Point de solitude avec toi !

Je ne suis plus qu'une pensée, L'univere est mort dans mon cœur, Kt sous cette cendre glacée Je n'ai trouvé que le Seigneur.

Qu'il éclaii-e ou tmuble ma voie.

Mon copur, dans les pleurs ou la joie. Porte celui dont il est plein :

Ainsi le flot roule une image.

Et des nuits le dernier nuage Porte Pauroi-e dans son sein.

Qu'il est doux de voir sa i>ens(^».

ET RELFGIEUSES. 23

Avant de chercher ses accents.

En mèti-es divins cadencée, Monter soudain comme l'encens ; De voir ses timides louanges.

Comme sur la harpe des anges, Éclore en sons dignes des cicux , Et jusqu'aux portes éternelles S'élever sur leure propres ailes.

Avec un vol harmonieux !

l n jour cependant, 6 ma lyre,

l n jour assoupira ta voix !

Tu regretteras ce délire

Dont tu t'enivrais sous mes doigts :

Les ans terniront celte- glace

Où la nature te retrace

Les merveilles du Saint des saints !

Le temps, (jui flétrit ce qu'il touche.

Ravira les sons sur ma bouche.

Et les images sous mes mains.

Tu ne répandras plus mon âme En flots d'harmonie et d'amour; Mais le sentiment qui m'enflamme Survivra jusqu'au dernier jour.

Semblable à ces sommets arides Dont l'âge a dépouillé les rides De leur ombre et de leurs échos.

Mais qui dans leurs flancs sans verdure (ianient une ombre qui murmure.

Et dont le ciel nourrit les flots.

\hî quand ma fragile mémoire, Oomme une urne dont l'onde a fui , \ura perdu ces chants de gloire Que ton Dieu t'inspire aujourd'hui, De ta défaillante harmonie

Ne rougis pas, ô mon génie !

Quand ta corde n'aurait qu'un son.

Harpe fidèle, chante encore Le Dieu que ma jeunesse adore; Car c'est un hymne que son nom !

Cétait eu 1822.

J*avais passé le cap des tempêtes que tout homme doit passer dans sa jeunesse, avant d'arriver à ces espaces calmes et lumineux de la vie où Ton goûte quelques anfaées de sérénité. J*étais marié, je venais d*ètre père; deux enfants balbutiaient en me souriant dans leur berceau aux pieds de leur jeune mère. J*avais dans la diplomatie un emploi régulier et actif de mes facultés, conforme à mes goûts. J'habitais Tltalie, cette seconde patrie de mes yeux et de mon cœur. Tout était repos d'esprit, silence des passions, hymne intérieur eu moi et autour de moi. Mon père, ma mère, mes sœurs, mes amis d*eufance ou de jeunesse, vivaient encore tous, et multipliaient mon bonheur en s'y intéressant. J'avais retrouvé dans ce bonheur la première piété inspirée à ses enfants par notre mère. Je ne discutais plus avec moi-même la foi du berceau. J'éprouvais une grande douceur à croire, à adorer, à prier, à jouir, dans la langue à laquelle les vertus et les grâces de cette mère donnaient tant ,de charme, tant d'élévation. Je conçus la pensée d'écrire au hasard, dans mes heures de loisir et d'inspiration , quelques cantiques modernes, comme ceux que David avait écrits avec ses larmes. Les poésies pieuses manquent à l'humanité moderne : j'espérais en jeter quelques notes au vent. Mais mon heure n'était pas^venue ; je le sentis bientôt. Je me contentai de balbutier ces Harmonies, espèce de retentissements poétiques, quelquefois pieux, des impressions que rheure, le jour, le site, l'anniversaire, la mémoire me donnaient, et que le soufDe perpétuellement religieux de mon àme renvoyait à Dieu. J'en écrivis une, puis deux, puis trois, puis deux volumes, avant de songer à les publier. C'étaient comme les annotations en vers de ma vie intérieure. La pensée que cela n'était pas destiné aux regards du public, ou du moins que cela ne serait lu qu'après moi, donnait plus de liberté, plus de sécurité, et, pour ainsi dire, plus d'onction k ces vers. C'était entre Dieu et moi.

Cette première Harmonie, dans laquelle j'essayais le ton et je tàtais la corde, fut écrite à Florence, dans l'église de Santa-Croce, où j'allais souvent me recueillir entre les tombeaux des grands poètes toscans.

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