L*AME PRÉSENTE A DIEU
Pâle lampe du sanctuaire,
Pourquoi, dans l'ombre du saint lieu ,
Inaperçue et solitaire,
Te consumes-tu devant Dieu?
Ce n'est pas pour diriger Taile Do la prière ou de l'amour, Pour éclairer, faible étincelle, L\rii de Celui qui fit le jour.
Ce n'est pas pour écarter l'ombre Des pas de ses adorateur ; La vaste nef n'est que plus sombi-e Devant tes lointaines lueui-s.
Ce n'est pas pour lui fair^ hommage Des feux qui sous ses pas ont lui; Les cieux lui rendent témoignage , Les soleils brùhMit (le\ant hiî.
Et pourtant, lampes symboliques, Vous gardez vos feux immortels.
Et la brise des basiliques Vous berce sur tous les autels ;
Et mon œil aime à se suspendre A ce foyer aërien , Et je leur dis sans les comprendre :
a Flambeaux pieux, vous faites bien. »
Peut-être , brillantes parcelles De rimmense création , Devant son trône imitent-elles L'éternelle adoration.
« Et c'est ainsi, dis-je à mon âme.
Que de Tombre de ce bas lieu.
Tu brûles, invisible flamme, En la présence de ton Dieu.
H Et jamais, jamais tu n'oublies De diriger vers lui mon cœur, Pas plus que ces lampes remplies De flotter devant le Seigneur.
« Quel que soit le vent, tu regardes Ce pôle , objet de tous tes vœux ; Et, comme un nuage, tu ganles Tonjoui-s ton côté lumineux.
«( Dans la nuit du monde sensible.
Je sens avec sérénité Qu'il est un point inaccessil)le A la terrestre obscurité:
0 Une lueur sur la colline.
Qui veillera toute la nuit:
40 HARMONIES POËTIQUËS
L ne étoile qui s'illumine
Au seul astre qui toujours luit;
« L n feu qui dans Fume demeure Sans s'éteindre et se consumer.
Où Ton peut jeter à toute heure In gi^ain d'encens pour Fallumer.
c( Et quand sous Tœil qui te contemple , 0 mon âme, tu t'éteindras.
Sur le pavé fumant du temple Son pied ne te foulera pas.
« Mais, vivante au fo}er supivme.
Au disque du jour sans sommeil, 11 te i-éunira lui-même Comme un rayon à son soleil ;
u Et tu luiras de sa lumière.
De la lumière de Celui Dont les asti*es sont la poussière Qui monte et tombe devant lui. »
J*ai toujours aimé, non pas les tênèbivs de riiomme, mais les ténèbres do Dieu : elles redoublent en nous le sentiment de la solitude. Or, la solitud*.^ avec Dieu, c'est la jouissance sans distraction de Pinfini, c'est la conversation sans témoin avec ce qu'on adore. Aussi, toutes les fois qu'un édifice marqué du sijçne de la Divinité, un temple en mines au Parthénon, une colonne en tronçons au cap Sunium, un Tronton de marbre jaune doré du soleil sur la croupe des montagnes d'Ègine, une avenue de piliers dans le désert de Balbek, un ermitagi* de calojer grec sur un rocher du Péloptint'se, une abbaye d<'>niantelée dans les forêts de sapins du Jui^a ou du Bugi*y, une croix sur un chemin , frappent mes yeux, mon âme salue la seule grande pensée, la pensée de Dieu.
Cest sous l'impression de ce sentiment habituel chez moi que j'écrivis un soir ces vers. Il y avait dans les bois de Limone, près de Livonme, deux ou trois petits sanctuaires abandonnés par les ermites, mais où la piété des villaç«s>is
(I % r.% entn-u>nait toujours une de ces lampes votives que les Italiennes allu- ■B'C! ^u^ue dans les maisons. Surpris un soir par la nuit en cherchant ma r «iv, j ap.Tçu* une de ces lueurs; je crus que c'était un foyer où je trouverais .= t%il<* ou un euide : ce n*était qu'une de ces chapelles désertes. J'y entrai ;> ..r ati'-ndrv la lune, qui ne devait pas tarder à se lever. Le feu a la vie et la uâT'l** otnime l'eau, comme tous les éléments doués de mouvement; voilà ^uri'ioi \e% paysans disent que le feu tient compagnie. Il tient compagnie . o<^>«lr*ai<*nt à riiomme, mais à Dieu qui Ta créé : c'est pour cela sans doute { . i: fait partie de tous les cultes. Pendant que cette petite clarté vacillait au i«nt Mir ^»Q huile d'or, dans son vase suspendu de cristal , je composai deux ou '*.i% (V* n-s Mmpbes, et je bénis du cœur la main qui l'avait allumée.
Lj îiirK se l»-\a; je repris mon sentier, où j'achevai ces strophes à la clarté > la ni*T, en traversant la plaine qui s'étend entre les montagnes de Limone 1 iatuU Palmieri.