DANS LA SOLITUDE
D'où me vient, ô mon Dieu, cette paiv qui m'inonde? D'où me vient cette foi dont mon cœur surabonde ? A moi qui tout à l'heure incertain, agité, Et sur les flots du doute à tout vent ballotté, Cherchais le bien, le vrai, dans les rêves des sages, El la paix dans des cœurs retentissants d'orages? A peine sur mon front quelques jours ont glissé, 11 me semble qu'un siècle et qu'un monde ont passé. Et que, séparé d'eux par un abîme immense, Ln nouvel homme en moi renaît et recommence.
Ah ! c'est que f ai quitté pour la paix du désert La foule où toute paLx se corrompt ou se perd ; C'est que j'ai retrouvé dans mon vallon champêtre Les soupire de ma source et Pombi-e de mon hêtre. Et ces monts, bleus piliers d'un cintre éblouissant. Et mon ciel étoile d'où l'extase descend ; C'est que l'àme de l'homme est une onde limpide Dont l'azur se ternit à tout vent qui la ride ,
liais» qui, dès qu'un moment le Tent s>st endormi,
Ik'polit la surface où le ciel a frémi;
C*est que d*un toit de chaume une faible fumée,
In peu d'herbe le soir par le pâtre allumée,
Suflit pour obscurcir tout le ciel d'un vallon
Et dérober le jour au plus pur horizon!
Qu'un vent vienne à souffler du soir ou de l'aurore,
l^e nuage flottant s'entr'ouvre et s'évapore ;
L'ombre sur les gazons, se séparant du jour,
Rend à tous les objets leur teinte et leur contour;
Le ra>on du soleil, comme une onde éthérée,
R4*jailiit de la terre à sa source azurée ;
L*horizon resplendit de joie et de clarté,
El ne se souvient plus d'un peu d'obscurité.
ihî loin de ces cités où les bruits de la terre
Élouflent les échos de l'âme solitaire,
Qup faut-il, 6 mon Dieu, pour nous rendre ta foi?
l n jour dans le silence écoulé devant toi.
Regarder et sentir, et respirer et vivre ;
\hre, non de ce bruit dont l'orgueil nous enivre,
Mais de ce pain du jour qui nourrit sobrement,
l)e travail, de prière et de contentement;
^ laisser emporter par le flux des journées
Wrs celle grande mer où roulent nos années,
Comme sur l'Océan la vague au doux roulis ,
B4>n;ant du jour au soir une algue dans S(»s plis,
Porte et couche â la fln au sable de la ri\e
<> qui n'a point de rame, et qui pourtant arrive :
Notre âme ainsi vers Dieu gravite dans son cours.
Pour le cœur plein de lui, que manque-t-il aux jours?
^oici le gai matin qui sort humide et pâle
1)^ flottantes vapeurs de l'aube orientale.
Le jour s'éveille avec les zéphjrs assoupis,
La brise qui s'élève et couche les épis,
Km*c les pleurs sereins de la tiède rosée
Remontant perle â perle où la nuit l'a puisée.
Avec le cri du coq et le chant des oiseaux , Avec les bêlements prolongés des troupeaux, Avec le bruit des eaux dans le moulin rustique. Les accords de Tairain dans la chapelle antique, La voix du laboureur ou de Tenfant joyeux Sollicitant le pas du bœuf laborieux.
Mon cœur, à ce réveil du jour que Dieu renvoie ,
Vers un ciel qui sourit s'élève sur sa joie.
Et, de ces dons nouveaux rendant grâce au Seigneur,
Murmure en s'éveillant son hymne intérieur;
Demande un jour de paix, de bonheur, d'innocence,
Un jour qui pèse entier dans la sainte balance,
Quand la main qui les pèse à ses poids infinis
Retranchera du temps ceux qu'il n'a pas bénis!
Puis viennent à leur tour les soins de la journée.
L'herbe à tondre du pré, la gerbe moissonnée
A coucher sur les chars, avant que, descendu.
Le nuage encor loin que l'éclair a fendu
Ne vienne enfler l'épi des gouttes de sa pluie.
Ou de ses blonds tuyaux ternir l'or qui s'essuie ;
Les fruits tombés de l'arbre à relever; l'essaim
Débordant de la ruche à rappeler soudain ,
La branche à soulager du fardeau qui l'accable,
Ou la source égarée à chercher sous le sable ;
Puis le pauvre qui vient tendre à vide sa main ,
Où tombe au nom de Dieu son obole ou son paiu;
La veuve qui demande aux cœurs exempts d'alarmes
Cette aumône du cœur, une larme à ses larmes;
L'ignorant, un conseil que l'espoir embellit;
L'orphelin, du travail, et le malade, un lit;
Puis sous l'arbre, à midi, dont l'ombre les rassemble,
Maîtres et serviteurs qui consultent ensemble
Sur le ciel qui se couvre ou le vent qui fraîchit,
Sur le nuage épais que la grêle blanchit.
Les rameaux tout noircis par la dent des chenilles.
Ou la ronce aux cent bras qui trompe les faucilles;
Puis montent des enfants à qui, seule au milieu, La mère de famille apprend le nom de Dieu, Enseigne à murmurer les mots dans son symbole, \ fixer sous leurs doi^ le nombre et la parole, K filer les toisons du lin ou des brebis. Et du fil de leur veille à tisser leurs habits.
l)e lalieur en labeur Tbeure à l'heure enchaînée
\ous porte sans secousse au bout de la journée;
Le jour plein et léger tombe, et voilà le soir :
Sur le tronc d*un vieux orme au seuil on vient s'asseoir;
On voit passer des chars d'herbe verte et traînante,
Dont la main des glaneurs suit la route odorante;
On %oit le chevrier qui ramène des bois
Ses chèvres dont les pis s'allongent sous leur poids ;
Le mendiant, chargé des dons de la vallée.
Rentrer le col pliant sous sa besace enflée;
On regarde descendre avec un œil d'amour,
S4>us les monts, dans les mers, l'astre poudreux du jour;
Et selon que son disque, en se noyant dans l'ombre ,
(.reuse une ornière d'or ou laisse un sillon sombre.
On sait si dans le ciel l'aurore de demain
iv>it ramener un jour nébuleux ou serein ,
OHunie à l'œil du chrétien le soir pur d'une vie
Pn^'ige un jour plus beau dont la mort est suivie;
On entend l'Angelus tinter, et d'un saint bruit
ï:nino4iuer les esprits qui bénissent la nuit.
Tout avec l'horizon s'obscurcit : l'âme est noire,
l^ M>uvenir des morts revient dans la mémoire ;
On «tonge à ses amis dont l'œil ne doit plus voir,
Oans le jour éternel, de matin ni de soir;
4 In M>nde avec tristesse au fond de sa pensée
Là place, vide encor, que leur mort a laissée.
Et. pour combler un peu l'abîme douloureux,
i>n j jette un soupir, une larme pour eux !
Enfin, quand sur nos fronts l'étoile des nuits tremble,
4^ HARMONIES POÉTIOrES
On remonte au foyer, on cause, on lit ensemble Ln de ces testaments sublimes, immortels. Que des morts vertueux ont légués aux mortels. Sur les âges lointains phares qu'on aime à suivre , Homère, Fénelon, el surtout ce grand livre Où les secrets du ciel et de Thumanité Sont écrits en deux mots : Espoir et Cliarité ! Et quelquefois enfin , pour enchanter nos veilles , D'une chaste harmonie enivrant nos oreilles, Nous répétons les vers de ces hommes divins Qui , dérobant des sons aux luths des séraphins , Ornent la vérité de nombre et de mesure. Et parlent par image ainsi que la nature.
Mais le sommeil , doux fruit des jours laborieux , Avant rheure tardive appesantit nos yeux ; Gomme aux jours de Rachel, la prière rustique Rassemble devant Dieu la tribu domestique. Et, pour que son encens soit plus pur et plus doux. C'est la voix d'uti enfant qui Félève pour tous. Cette voix virginale , et qu'attendrit encore La présence du Dieu qu'à genoux elle implore. Invoque sur les nuits sa bénédiction; On murmure un des chants des harpes de Sion, On y répond en chœur; et la voix de la mère. Douce et tendre, et Taccent mâle et grave du père, Et celui des vieillards que les ans ont baissé. Et celui des pasteurs que les champs ont cassé. Bourdonnant sourdement la parole divine.
Forment avec les sons de la voix enfantine Ln contraste de trouble et de sérénité , Comme une heure de paix dans un jour agité; Et Ton croirait, au son de cette voix qui change. Entendre des mortels interroger un ange.
Ainsi coule la vie en paisibles soleils :
Quelle foi peut manquer à des moments pareils?
f^u' importe ce \ain flux d'opinions mortelles
^ brisant Tune l'autre en vagues éternelles ,
El ne répandant rien, sur Técueil de la nuit,
ijiw leur brillante écume, et de Tair et du bruit?
La vie est courte et pleine, et suffit à la vie;
iK' a'^ soins innocents Tâme heui-euse et remplie
>e doute pas du Dieu qu'elle porte avec soi ;
• /est sous d'humbles vertus qu'il a caché sa foi :
I n re<^ard en sait plus que les veilles des sages.
1 n t>eau soir qui s'endort dans son lit de nuages,
I ne nuit découvrant dans son immensité
L'inlini qui rayonne et l'espace habité,
I n matin qui s'éveille étincelant de joie,
i> poids léger du temps que le travail emploie,
ij^ doux repos du cœur qui suit un saint soupir,
iA^ troubles que d'un mot ton nom vient assoupir,
Mon Dieu, donnent à l'âme ignorante et docile
Ptu!> de foi d^ns un jour qu'il n'est besoin pour mille.
Plus de miel qu'il n'en tient dans la coupe du sort.
Plus d'espoir qu'il n'en faut pour embellir la mort.
<.i»n:»erve-nous, mon Dieu, ces jours de ta promesse, ij^ lalieurs, ces doux soins, cette innocente ivresse D'un cœur qui flotte en paix sur les vagues du temps i^)Uime Faigle endormi sur l'aile des autans, Oiinme un navire en mer qui ne voit qu'une étoile, VaU où le nautonier chante en paix sous sa voile ! 0>UN«'ne-nous ces cœurs et ces heures de miel, El nous croirons en toi, comme l'oiseau du ciel, Nari» emprunter aux mots leur stérile évidence. En rspntant le printemps croit à ta providence ; <>»mnie le soir doré d'un jour pur et serein N>ndort dans l'espérance et croit au lendemain ; Omime un juste mourant, et fier de son supplice, hs>*''re dans la mort et croit à ta justice; Onume la vertu croit à l'immortalité, i.<>mme l'œil croit au jour, l'Âme à la vérité. •
» H\R]IOXIES FOÊTI^JUEî
Qui h'm p» «fii-â If* v^'^ajct* dn îv^îhet «âaiif If «Ja*- tut T-om a pxesi^ v^n
<r*atpef mffMjTïv ûhj» d"ji.crnr'«. fi«BSfie$w /"fin* vu •oiciçi- -md l>'iS». j* npvîits pendant r^Sfé M. ShÂKt-^Azn. Ma SM*rp rrrûi^ <ft vnitBt fcicTfrai haJKier arec m>->i. Sdoa kzDf^ ofoniDf h'dc ^c^orBée d'totf^ «^'fOBiieiQîssiï! ^k* lein'iin d'à s^ir; sa piôtt' «Tedae <« loui* <5î«aup:tj4fie df l»a»*iâ>rDCŒ , de ineir.ciriMtfssfc.Txie et d'-:5pér»nc<». •éitsân iiiTf*}oDtiiâr#TD*îm cc«im3jim3ciaât-f; sa jprê«i«Doe' «éidiùrjài , viTiSiJt . saDcti-
ru }riiur, «-:}*' <éujî «ssâsi» s:«a» os çratod oerâôfT dftss It Twçer en pente, ei» liwe db pwih buica de bc«5 <îae J'ai»» opostmii pc^m* dftsneadre de ma tour éhi» le jardis. Ctitû? xm diasKDdse^ apràf rf^iTVs^ Vna eofant jouait à se«> l^r'df' m%tc dt* fi^or» «a de» côfiCATa qrae ft» pettàiie* £Iks da Ti21a^ lui avaient afiçicrt'^: nxs l<*jxuiie lisnit a c^iOiè: sa jmrc^ «s^ieJc-me ftixaie, plus âgée que la smenoe, i.*-njûi à la maiaa si Bât»ie Tthèf «i loarwruîu orc". qiae les An jlaise^ pi^^«se§ 3i*<etn pwa- tc*nie disTrAmfflï Iw jf«ars saàiits; à qT>^q'je distance, un çr{«u|»e de &Ma.\ va trois p<"i3t«» tHe» da TÎilaoe re-jazdiit aT«c timidité les diL3i** tiErinrtî^e&: k» cLit-as ooonâeat afffvs 3<* pachas, la clvtcbe de l'êclise <an2V':jaiûi : Je s'>>il , <fu3 haisais rers la a>ortacDe, jt-tait *ar la pelouse les «wTjicv* dr-nî<e]t**. de* ocfW.f'rieTÇ.. Crtîie s»f>«>e de fam^îie, de caaipazne, de quit*tQiif dass le iKHib^^vr^ à r-Mnhnt des mors da cl«iciacr« ne pentftra profondC^^ izKtDi. ll(>HDtii>e- j'ttiais beoreo» : ma Jenoessie araît ptass<e ses amcnumes; mon <^9*uT êtû\ p>3n sarrs d'aborder; df« per<^">rtâie< d .Mines senir'ouTraient d^TJifflt mÂ; ma fam:!}*- parûi^Kut aic«r de k»oru«e* anoties à lirre: la renom- 2Dtie xD'araâi «r^eilli à me^ pï>MZLÎers pa» dans la poésie ; la diplomatie et la îi:»'jT>qje ii>e prf iiyîiaient , pomar OKta ice màr, des «mrupaiîons, des voyagi^s, )'» ^^^Trâc^fts d''.^nt iîT'ne*s»aipes à n>oai Activité: ma fortune, m«xleste alors, ir»e *a5îsûi ei au d^ 3i : j'eurrei -^j aiss après les en:pî'>is publics et les lettres, û-* afflD***^ de paix, de rr^nîeœp^iiîoB , de ibohs«>iis de coeur dans cette vie ruriûe, CK»ni!DeDne3Eieat f« fin de toute heureuse rie. De ce sentiment de boni>*ruT a.'Q *«3îin3-at de rw\»nnai«iaDce qui en reporte au ciel la bénédiction , il x>'t a qvf*- 3e cri d»- rànie. Ce cri s*nit daos ort instant de la miennes et je comm'-iinâ oe» x^ers devant ce fr^ipe de ma laère^ de ma femme« et au doux çiL£oai^>.:ij"3t de m<on cn£anu