‹ Œuvres de LamartineChapitre 41 sur 145 · CONVERSATION · texte numérisé non relu

CONVERSATION

<»ji, uion cœur se souvient de cette heure tranquille

<.>u'a Tombre d'un tilleul, loin des toits de la ville,

Nhiis passâmes ensemble au jardin des Chartreux :

J»- ^tiis encor d*ici le tronc large et noueux,

U \^ mots qu'à ses pieds, de mon bâton d'érable,

Km tVcoutant r«^ver, je traçais sur le sable.

N* 'is parlâmes du cœur, comme deux vieux amis

\n ro\er Fun de Tautre, à la campagne, admis,

H'jn*ux, aprt^ dix ans, du soir qui les rassemble,

\ Ml»le, sans t<*moins, s'entretiennent ensemble,

Tri'iis que le flambeau par les heures rongé

** i'rf» iM)ur Mairer l'entretien prolongé,

V ijirun vin goutte à goutte épuisé dans le verre

Pr'j^nt encor le fond de la coupe sincère.

* > JtT à 1& page 361 de ce volume les vers de M. Sainte-Beuve.

J'avais pouilant noté d'un doigt répi-obateiir

Tes vere trop tôt ravis à Tamour de l'auteur,

Tes vers où l'hyperbole , effoil de la faiblesse ,

Enflait d'un sens forcé le vide ou la mollesse ;

Tes vere, fruits imparfaits d'un arbre trop hâté,

Qui les laisse toml)er au souffle de l'été ,

Mais à qui sa racine élendue et profonde ,

Et ce ciel amoureux qui lui prodigue l'onde.

Assurent, pour orner ses rameaux paternels.

Une sève plus forte et des joui-s éternels.

Ces vers, en vain frappés d'un pénible anatbème.

Mon cœur plus indulgent les excuse et les ainie :

Sous ces mètres rompus qui boitent en marchant.

Sous ces fausses couleurs au contraste tranchant,

Sous ce vernis trop vif qui fatigue la vue ,

Sous cette vérité trop rampante ou trop nue.

On y sent ce qu'à l'art l'homme demande en vain ,

Ce foyer créateur où couve un feu divin ,

Feu dont les passions alimentent la flamme,

Chaleur que l'âme exhale et communique à l'âme '.

Devant le sentiment le goût est désarmé ,

Et mon cœur ne retient que ce qui l'a charmé :

Comme au sein d'une nuit où tout regard expire,

Si quelque feu lointain sur un mont vient à luire.

L'œil, volant de lui-même à la vive clarté.

Franchit, sans y toucher, des champs d'obscurité.

Et, s'attachant dans l'ombre au seul point qui rayonne.

Oublie, en l'admirant, la nuit qui l'environne.

Et tu veux aujourd'hui qu'ouvrant mon cœur au tien ,

Je renoue en ces vers notre intime entretien?

Tu demandes de moi les haltes de ma vie.

Le compte de mes jours?... Mes jours ! je les oublie,

Comme le voyageur, quand il a dénoué

Sa ceinture de cuir, et qu'il a secoué

1. M. Sainte-Beuve n'avait pas encore publié les Consolations, qui ont justifié les espérances des amis de son talent si intime et si original.

[)e ses souliers poudreux la boue et la poussière,

PiHlimlanl de porter un regard en arrière,

iKiJai^ne de compter tous les pas qu*il a faits

Pour arriver enfln à son foyer de paix.

\inM dans mon esprit ma route est effacée-,

l*' n'j^n rappelle rien à ma triste pensée

(jii»> la source où j'ai bu dans le creux de ma main ,

iHrhtf' qui répandit l'ombre sur mon chemin ,

La fl^'ur que sur ses bords ma main avait choisie

\îin (IVn respirer jusqu'au soir Tambroisie,

Et qui dès le matin , cédant à la chaleur,

V pencha languissante et mourut sur mon cœur!

El fi<» ma vie obscure, hélas! qu'aurais-je à dire?

l> fui... ce qu'elle est pour tout ce qui respire :

I rj ri^\e du matin, qui commence éclatant

P'tr iW divins amours dans un palais flottant,

'*♦* [M)un>uit dans le ciel, et flnit sur la terre

P^r du pain et des pleurs sur un lit de misère !

\m\, Mn\à la vie universelle, hélas!

hî la mienne : et pourtant je ne l'accuse pas!

J|^!»^ pn^ers le destin, dont la coupe est diverse,

i^ W Ijpiûs du miel que dans la mienne il vei'se.

l'dulres n'ont que l'absinthe; et moi, grâce au Seigneur,

i li re que leur misèœ appelle le bonheur :

I II Uni large et brillant sur un champ plein de gerbes,

1»^ pri^ où l'aquilon fait ondoyer mes herbes,

l>*^ U»is dont le murmure et l'ombre sont à moi,

U"^ tnjupeaux mugissants qui paissent sous ma loi ,

1 rj*- ff*mme, un enfant, trésors dont je m'enivre;

L jfje par qui l'on vit, l'autre qui fait revivre:

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