CONVERSATION
<»ji, uion cœur se souvient de cette heure tranquille
<.>u'a Tombre d'un tilleul, loin des toits de la ville,
Nhiis passâmes ensemble au jardin des Chartreux :
J»- ^tiis encor d*ici le tronc large et noueux,
U \^ mots qu'à ses pieds, de mon bâton d'érable,
Km tVcoutant r«^ver, je traçais sur le sable.
N* 'is parlâmes du cœur, comme deux vieux amis
\n ro\er Fun de Tautre, à la campagne, admis,
H'jn*ux, aprt^ dix ans, du soir qui les rassemble,
\ Ml»le, sans t<*moins, s'entretiennent ensemble,
Tri'iis que le flambeau par les heures rongé
** i'rf» iM)ur Mairer l'entretien prolongé,
V ijirun vin goutte à goutte épuisé dans le verre
Pr'j^nt encor le fond de la coupe sincère.
* > JtT à 1& page 361 de ce volume les vers de M. Sainte-Beuve.
J'avais pouilant noté d'un doigt répi-obateiir
Tes vere trop tôt ravis à Tamour de l'auteur,
Tes vers où l'hyperbole , effoil de la faiblesse ,
Enflait d'un sens forcé le vide ou la mollesse ;
Tes vere, fruits imparfaits d'un arbre trop hâté,
Qui les laisse toml)er au souffle de l'été ,
Mais à qui sa racine élendue et profonde ,
Et ce ciel amoureux qui lui prodigue l'onde.
Assurent, pour orner ses rameaux paternels.
Une sève plus forte et des joui-s éternels.
Ces vers, en vain frappés d'un pénible anatbème.
Mon cœur plus indulgent les excuse et les ainie :
Sous ces mètres rompus qui boitent en marchant.
Sous ces fausses couleurs au contraste tranchant,
Sous ce vernis trop vif qui fatigue la vue ,
Sous cette vérité trop rampante ou trop nue.
On y sent ce qu'à l'art l'homme demande en vain ,
Ce foyer créateur où couve un feu divin ,
Feu dont les passions alimentent la flamme,
Chaleur que l'âme exhale et communique à l'âme '.
Devant le sentiment le goût est désarmé ,
Et mon cœur ne retient que ce qui l'a charmé :
Comme au sein d'une nuit où tout regard expire,
Si quelque feu lointain sur un mont vient à luire.
L'œil, volant de lui-même à la vive clarté.
Franchit, sans y toucher, des champs d'obscurité.
Et, s'attachant dans l'ombre au seul point qui rayonne.
Oublie, en l'admirant, la nuit qui l'environne.
Et tu veux aujourd'hui qu'ouvrant mon cœur au tien ,
Je renoue en ces vers notre intime entretien?
Tu demandes de moi les haltes de ma vie.
Le compte de mes jours?... Mes jours ! je les oublie,
Comme le voyageur, quand il a dénoué
Sa ceinture de cuir, et qu'il a secoué
1. M. Sainte-Beuve n'avait pas encore publié les Consolations, qui ont justifié les espérances des amis de son talent si intime et si original.
[)e ses souliers poudreux la boue et la poussière,
PiHlimlanl de porter un regard en arrière,
iKiJai^ne de compter tous les pas qu*il a faits
Pour arriver enfln à son foyer de paix.
\inM dans mon esprit ma route est effacée-,
l*' n'j^n rappelle rien à ma triste pensée
(jii»> la source où j'ai bu dans le creux de ma main ,
iHrhtf' qui répandit l'ombre sur mon chemin ,
La fl^'ur que sur ses bords ma main avait choisie
\îin (IVn respirer jusqu'au soir Tambroisie,
Et qui dès le matin , cédant à la chaleur,
V pencha languissante et mourut sur mon cœur!
El fi<» ma vie obscure, hélas! qu'aurais-je à dire?
l> fui... ce qu'elle est pour tout ce qui respire :
I rj ri^\e du matin, qui commence éclatant
P'tr iW divins amours dans un palais flottant,
'*♦* [M)un>uit dans le ciel, et flnit sur la terre
P^r du pain et des pleurs sur un lit de misère !
\m\, Mn\à la vie universelle, hélas!
hî la mienne : et pourtant je ne l'accuse pas!
J|^!»^ pn^ers le destin, dont la coupe est diverse,
i^ W Ijpiûs du miel que dans la mienne il vei'se.
l'dulres n'ont que l'absinthe; et moi, grâce au Seigneur,
i li re que leur misèœ appelle le bonheur :
I II Uni large et brillant sur un champ plein de gerbes,
1»^ pri^ où l'aquilon fait ondoyer mes herbes,
l>*^ U»is dont le murmure et l'ombre sont à moi,
U"^ tnjupeaux mugissants qui paissent sous ma loi ,
1 rj*- ff*mme, un enfant, trésors dont je m'enivre;
L jfje par qui l'on vit, l'autre qui fait revivre: