I .«r de feu qui, vivants, nous porte au rang des dieux
l'*«V*n. foudre des sens, inextinguible flamme
0 ^i fond deux cœurs mortels et n'en fait plus qu'une âme :
Il #^... îi serait loat, s'il ne d*>Tait fioir.
Si le cvxfir é'un mortel le pt>aTait n^ntenir,
Oa SI, semblable aa iea doDt Dieu fit son emblème.
Sa fiâmme eo sVihalant ne Fétouflait lui-même !
liais. quâiKl ces biens que lliomme envie
Dffbonieraienl dans nn seal cœur,
La mort seale au bout de la rie
Fait un supplice du bonheur :
Le flot du temps qui nous entraine
^*attend pas que la joie humaine
Fleurisse longtemps sur son couis.
Race éphémère et fugitiye.
Que peux-tu semer sur la riye
De ce torrent qui fuit toujours?
Il fuit, et ses rives Carnées M'annoncent déjà qu'il est tard ; 11 fuit, et mes vertes années Disparaissent de mon regard !
Chaque projet, chaque espérance Ressemble à ce liège qu'on lance Sur la trace des matelots.
Qui ne s'éloigne et ne surnage Que pour mesurer le sillage Du navire qui fend les flots.
Où suis-je? Est-ce moi? Je m'éveille
D'un songe qui n'est pas fini :
Tout était promesse et merveille
Dans un'avenir infini.
J'étais jeune !... Hélas! mes années
Sur ma tête tombent fanées.
Et ne refleuriront jamais I
Mon cœur était plein... il est vide!
Mon sein fécond... il est aride!
J'aimais... où sont ceux que j^airaais?
Mes jours, que le deuil décolore, Glissent avant d^être comptés; Mon cœur, hélas ! palpite encore De ses dernières voluptés.
Sous mes pas la terre est couverte De plus d'une palme encor verte.
Mais qui survit à mes désirs; Tant d'objets chers à ma paupière Sont encor là sur la poussière Tiède de mes brûlants soupirs!
Je vois passer, je vois sourire La femme aux perfides appas Qui m'enivra d'un long délire, Dont mes lèvres baisaient les pasi Ses blonds cheveux flottent encore ; Les fraîches couleurs de l'aurore Teignent toujours son front charmant , Et dans l'azur de sa paupière Brille encore assez de lumière Pour iasciner l'œil d'un amant.
La foule, qui s'ouvre à mesure, La flatte encor d'un long coup d'œil.
Et la poursuit d'un long murmure Dont s'enivre son jeune orgueil.
Et moi, je souris et je passe; Sans eflbrt de mon cœur j'efface Ce songe de félicité.
Et je dis , la pitié dans l'âme :
a Amour 1 se peut-il que ta flamme Meure encore avant la beauté? »
Hélas, dans une longue vie Que reste-t-il après l'amour?
Dans notre paupière éblouie Ce qu'il reste après un beau jour;
Ce qu'il reste à la voile vide.
Quand le dernier vent qui la ride S'abat sur le flot assoupi; Ce qu'il reste au chaume sauvage.
Lorsque les ailes de l'orage Sur la terre ont vidé l'épi I
Et pourtant il faut vivre encore , Dormir, s'éveiller tour à tour.
Et traîner d'aurore en aurore Ce fardeau renaissant du jour !
Quand on a bu jusqu'à la lie La coupe écumante de vie, Ah! la briser serait un bien !
Espérer, attendre, c'est vivre I Que sert de compter et de suivre Des jours qui n'apportent plus rien?
Voilà pourquoi mon àme est lasse Du vide affreux qui la remplit; Pourquoi mon cœur change de place Comme un malade dans son lit; Pourquoi mon errante pensée , Comme une colombe blessée.
Ne se repose en aucun lieu ; Pourquoi j'ai détourné la vue De celte terre ingrate et nue.
Et j'ai dit à la fin : « Mon Dieu! »
Comme un soufiQe d'un vent d'orage.
Soulevant l'humble passereau.
L'emporte au-dessus du nuage , Loin du toit qui fut son berceau; Sans même que son aile tremble.
L'aquilon le soutient; il semble Bercé sur les vagues des airs :
Ainsi cette seule pensée
ET RELIGIEUSES. S4t
Emporta mon âme oppressée Jusqu'à la source des éclairs.
« C'est Dieu, pensais-je, qui m'emporte : L'infini s'ouvre sous mes pas I Que mon aile naissante est forte I Quels cieux ne tenterons-nous pas?
La Foi mOme , un pied sur la terre , Monte de mystère en mystère Jusqu'où l'on monte sans mourir : J'irai, plein de sa soif sublime.
Me désaltérer dans l'abtme Que je ne verrai plus tarir î »
J'ai clierché le Dieu que j'adore
Partout où l'instinct m'a conduit,
Sous les voiles d'or de l'aurore ,
Chez les étoiles de la nuit.
Le firmament n'a point de voûtes.
Les feux, les vents n'ont point de routes
Où mon œil n'ait plongé cent fois :
Toujours présent à nia mémoire,
Partout où se montrait sa gloire,
11 entendait monter ma voix.
Je Tai cherché dans les merveilles Œuvre parlante de ses mains.
Dans la solitude et les veilles , Et dans les songes des humains.
L'épi, le brin d'herbe, l'insecte.
Me disaient : u Adore et respecte I Sa sagesse a passé par là. »
Et ces catastrophes fatales Dont rhistoire enfle ses annales Me criaient plus haut : u Le voilà I o
A chaque éclair, à chaque étoile >•• 46
ut HARMONIES POÉTIQUES
Que je découvrais dans les deux.
Je croyais voir tomber le voile Qui le dérobait à mes yeux; Je disais : « Un mystère encore! Voici son ombre, son aurore, Mon âme I il va paraître enfin ! »
Et toujours, ô triste pensée!
Toujours quelque lettre effacée Manquait, hélas! au nom divin.
Et maintenant, dans ma misère,
Je n'en sais pas plus que Tenfant
Qui balbutie après sa mère
Ce nom sublime et triomphant;
Je n'en sais pas plus que Taurore
Qui de son regard vient d'éclore.
Et le cherche en vain en tout lieu ;
Pas plus que toute la nature ,
Qui le raconte et le murmure.
Et demande : « Où donc est mon Dieu? »
Voilà pourquoi mon âme est triste.
Gomme une mer brisant la nuit sur un écueil,
Gomme la harpe du Psalmiste ,
Quand il pleure au bord d'un cercueil , Gomme THoreb voilé sous un nuage sombre , Gomme un ciel sans étoile ou comme un jour sans ombre. Ou comme ce vieillard qu'on ne put consoler. Qui, le cœur débordant d'une douleur farouche, Ne pouvait plus tarir la plainte sur sa bouche.
Et disait : « Laissez-moi parler ^ ! »
Mais que dis-je? Est-ce toi, vérité, jour suprême. Qui te caches sous ta splendeur?