‹ Œuvres de LamartineChapitre 49 sur 145 · RÉPONSE A M. VICTOR HUGO · texte numérisé non relu

RÉPONSE A M. VICTOR HUGO

Je sommeillais sans rêve.

Comme Écho dans mes bois :

Mais qu'une voix s'élève, Soudain la mienne achève ; Un son me rend la voix.

Que celle qui m'éveille A de touchants concerts !

Jamais à mon oi*eille Harpe ou lyre pareille N'enchanta ces déserts,

Depuis l'heure charmante Où le senant d'amour, Sa harpe sous sa mante.

Venait pour une amante Soupirer sous la tour.'

1. Voir, à la page 367 de ce yolumo, les vers de M. Victor Hugo.

C'est la voix fraîche et pure D'un enfant des cités.

Qui, las de leur murmure.

Demande à la nature Des jours plus abrités,

Ln toit où se repose L'ombre des bois épais , Un ruisseau qui l'arrose.

Et le buisson de rose Où l'oiseau chante auprès;

L'uniforme habitude Qui lie au jour le jour.

Point de gloire ou d'étude , Rien que la solitude , La prière et l'amour.

Ah! ton rêve est un rêve, Ami ; ce rien est tout !

Ta vie a trop de sève ; Mais attends : l'âge enlève L'ivresse et le dégoût.

Plus, hélas! sur la terre L'homme compte de joui-s, Plus la route est sévère, El plus le cœur resserre Sa vie et ses amoui*s.

Fuis ces champs de bataille.

Où l'insecte pensant S'agite et se travaille Autour d'un brin de paille Qu'écrase le passant I

Je sais sur la colline

Une blanche maison; Un rocher la domine.

Un buisson d'aubépine Est tout son horizon.

Là jamais ne s'élève Bruit qui fasse penser :

Jusqu'à ce qu'il s'achève.

On peut mener son rêve Et le recommencer.

Le clocher du village Surmonte ce séjour; Sa voix, comme un hommage.

Monte au premier nuage Que colore le jour.

Signal de la prière , Elle part du saint lieu.

Appelant la première L'enfant de la chaumière A la maison de Dieu.

Aux sons que l'écho roule Le long des églantiers.

Vous voyez l'humble foule Qui serpente et s'écoule Dans les pieux sentiers :

C'est la pauvre orpheline.

Pour qui le jour est court , Qui déroule et termine.

Pendant qu'elle chemine , Son fuseau déjà lourd ;

C'est l'aveugle que guide Le mur accoutumé.

Le mendiant timide, Et dont la main dévide Son rosaire enfumé;

C'est l'enfant qui caresse En passant chaque fleur, Le vieillard qui se presse :

L'enfance etia vieillesse Sont amis du Seigneur !

La fenêtre est tournée Vers le champ des tombeaux , Où l'herbe moutonnée Couvre, après la journée, Le sommeil des hameaux.

Plus d'une fleur nuance Ce voile du sommeil ; Là tout fut innocence.

Là tout dit : « Espérance ! »

Tout parle de réveil.

Mon œil, quand il y tombe, Voit l'amoureux oiseau Voler de tombe en tombe , Ainsi que la colombe Qui porta le rameau ;

Ou quelque pauvre veuve , Aux longs rayons du soir, Sur une pierre neuve , Signe de son épreuve , S'agenouiller, s'asseoir,

Et, l'espoir sur la bouche, Contempler du toml)eau, Sous les cyprès qu'il touche ,

ÎW HARMONIES POÉTIQUES.

Le soleil qui se couche Pour se lever plus beau.

Paix et mélancolie Veillent là près des morts.

Et Tàme recueillie Des vagues de la vie Croit y toucher les bords!

Je ne sais quel jour de quelle année, rers 1821, je vis arriver Victor Huso à Saint-Point, accompagne de sa femme, alors dans la première fleur de sa beauté, d'un petit enfant, et de Charles Nodier, qui commençait déjà à vieillir, et sa fille. Ils allaient en Suisse ou en Italie. Ils s'arrêtèrent quelques jours dans ma retraite. Victor Hugo, Nodier et moi , nous pas^mes le temps à errer dans les montagnes. Mes deux hOtes laissèrent à Saint-Point un parfum de poésie et d* amitié.

Depuis lors Nodier, plante alpestre du haut Jura qui n*a jamais pa se bien acclimater à Paris, est mort. La nature fait peu d'hommes si charmants et si divers. Il y avait du pay«;an, du gentilhomme, de TémiCTé, du républicain , du chevalier, de l'homme de lettres, du savant, du poëte, du paresseux surtout, en lui. Débaurhe d'esprit et de caractèn» de la nature, dans un jour de caprice et de luxe. On aurait pu faire dix hommes de Nodier, et il n'y en avait pas un tout entier en lui ; mais les fraçnn'nts étaient admirables. Virtor Hugo a tiVu grandi, et grandit encore. Nous sommes restés amis; nous le serons, je crois, oujours. Il n'y a point de petitesses dans sa nature. Les rivalités sont des peti- U^sses : Hugo ne les connaît pas. Ccst un grand signe pour lui.

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