REPONSE DE M. REBOUL
Juillet 1830
Mon nom, qu'a prononcé ton généreux délire, Dans la tombe avec moi ne peut être emporté; (AT toute chose obscure, en passant par ta lyre, Se revêt d'immortalité.
S'il est vrai que ma muse en plus d'une mémoire K bissé des accords et des pensers touchants, Clantre ami, qu'à toi seul en retourne la gloire! Mes chants naquirent de tes chants.
Cest toi qui, faisant naître en mon âme ravie (et espoir de laisser un noble souvenir, le fais sacrifler, chaque jour de ma vie. Sur les autels de l'avenir.
C'est to qui fus pour moi cet ange de lumitw )ui se laisse tomber du haut du firmament, It qui sur le palais comme sur la chaumière Se repose indifféremment.
*u t'abattis vere moi. Des sphères immortelles 41 me vantas l'éclat , les chœurs mystérieux ; Il soudain comme toi je secouai mes ailes. Et nous partîmes pour les cieux.
Plus tôt que je n'ai dû, je reviens dans la lice; Mais tu le veux, ami! ta muse est ma complice; . Ton bras m'a rèveillé; c'est toi qui m'as dit : « Va ! Dans la mêlée encor jetons ensemble un gage.
De plus en plus elle s'engage.
Marchons, et confessons le nom de Jëhova ! »
J'unis donc à tes chants quelques chants téméraires. Prends ton luth immortel : nous combattit)ns en frères Pour les mêmes autels et les mêmes foyere. Montés au même char, comme un couple homérique. Nous tiendrons, pour lutter dans l'arène IjTique, Toi la lance, moi les coursiei's.
Puis, pour faire une part à la faiblesse humaine. Je ne sais quelle pente au combat me ramène. J'ai besoin de revoir ce que j'ai combattu. De jeter sur l'impie un dernier anathème.
De te dire à toi que je t'aime.
Et de chanter encore un hymne à la vertu !
ni
Ah ! nous ne sommes plus au temps où le poète Parlait au ciel en prêtre, à la terre en prophète î Que Moïse, Isaïe, apparaisse en nos champs. Les peuples qu'ils viendront juger, punir, absoudre. Dans leuçs yeux pleins d'éclairs méconnaîtront la foud-e • Qui tonne en éclats dans leurs chants.
Vainement ils iront s'écrianl dans les villes : <( Plus de rébellions î plus de guerres civiles! Aux autels du veau d'or pourquoi danser toujours?
ODB Â M. DE LAMARTINE. 369
Dagon va s'éci*ouler, Baal va disparaître. Le Seigneur a dit à son prêtre :
« Pour faire pénitence, ils n'ont que peu de jours! »
« Rois, peuples, couvrez-vous d'un sac souillé de cendre l Bientôt sur la nuée un juge doit descendre. Vous dormez! que vos yeux daignent enfin s'ouvrir. . Tyr appartient aux flots, Gomorrhe à l'incendie : Secouez le sommeil de votre âme engourdie. Et réveillez-vous pour mourir !
a Ab ! malheur au puissant qui s'enivre en des fêtes. Riant de l'opprimé qui pleure, et des prophètes! Ainsi que Balthazar ignorant ses malheurs, 11 ne voit pas, aux murs de sa salle bruyante,
Les mots qu'une main flamboyante Trace en lettres de feu parmi les nœuds de fleui-s !
« 11 sera rejeté comme ce noir génie Effrayant par sa gloire et par son agonie. Qui tomba jeune encor, dont ce siècle est rempli. Pourtant Napoléon du monde était le faite ; Ses pieds épei*onnés des rois pliaient la tête. Et leur tête gardait le pli.
<( Malheur donc ! Malheur même au mendiant qui frappe.
Hypocrite et jaloux, aux portes du satrape!
A l'esclave en ses fei-s ! au maître en son château !
A qui, voyant marcher l'innocent aux supplices
Entre deux meurtriers complices, ^'étend point sous ses pas son plus riche manteau !
« Malheur à qui dira : u Ma mère est adultère! » A qui voile un cœur vil sous un langage austère! A qui change en blasphème un serment effacé! Au flatteur médisant, reptile à deux visages!