‹ Œuvres de LamartineChapitre 89 sur 145 · A M. DE GENOUDE · texte numérisé non relu

A M. DE GENOUDE

SUU SON OIIDIXATIOX

Monceaux, décembre \Klô.

Du sein expirant d'une femme Qui te montra le ciel du geste de l'adieu, Une nuit de douleur déracine ton Àme, Et du lit nuptial jette ta vie à Dieu. Comme un vase où Tenfant distrait se désaltère. Frappé d'un coup trop fort laisse fuir sa liqueur. Ton âme laisse fuir les eaux de notre terre,

Et la mort a fêlé ton cœur !

Tu ne boiras plus de notre onde.

Ta ne tremperas plus tes lèvres ni tes mains A ces courants troublés où les ruisseaux du monde Versent tant d'amertume ou d'ivresse aux humains; L'âme du prôtre en vain à notre air exposée Est la peau de brebis qu'étendait Gédéon : On trouvait le matin sèche de la rosée

La miraculeuse toison !

Dieu seul remplira ton calice Des pleurs tombés d'en haut pour laver le péché , De la sueur de sang, et du fiel du supplice, Et de Teau de l'égout par Téponge séché. Comme ces purs enfants qu'à Taulel on élève Laissent tondre leui-s fronts jusqu'au dernier cheveu, Tu couperas du fer les rejets de ta sève

Pour jeter ta couronne à Dieu !

Tu détacheras de nos voies Tes pieds nus qui suivront leurs sentiers à l'écart; Dans nos courtes douleurs, dans nos trompeuses joies. De noti'e pain du jour tu laisseras ta part; Tu ne combattras plus sous l'aube et sous l'étole; C'est la paix du Seigneur que ta inain doit tenir; Tu n'élèveras plus en glaive de parole

La voix qui ne doit que bénir !

Tu chercheras, le long du fleuve, Les rencontres du Christ ou du Samaritain ; L'inflrme, le lépreux, l'orphelin et la veuve Viendront sous ton figuier s'asseoir dès le matin ; Ton cœur vide de soins se remplira des nôtres; Ton manteau, si j'ai froid, l'hiver sera le mien. Et, pour prendre et porter tous les fardeaux des autres,

Ton bras déposera le tien !

Comme le jardinier mystique Qui suivait d'Emmaûs, en rêvant, le chemin, Et, relevant les fleurs au soleil symbolique. Marchait en émondant les tiges de la main , Tu prendras dans chaque âme et dans chaque pensée Ce qui la fane aux bords ou la ronge au milieu , Ce qui l'incline à terre ou la tient afliaissée,

Et tu lèveras tout à Dieu I

Cependant trois enfants sans mère

Te suivront du regai'd et du pied aux autels, Kl se diront entre eux : « Ce saint fut notre père, Onand II portait son nom d'homme chez les moilels. » Kl l.*s peuples émus penseront en eux-méme, \o\ant leurs bi*as pendus à tes robes de lins, 1)0 Tainour du Seigneur combien il faut qu*on aime, Pour laiiser ses ûls orphelins!

C*est ainsi que Sion contemple Le cèdre du Liban, taillé pour le saint lieu. Oui soutient la charpente et parfume le temple. Incorruptible appui de la maison de Dieu; Tandis que les rejets de ses propres racines Reverdissent aux lieux qu'il ombrageait a\ant, Kt , se multipliant sur les rudes collines,

Souffi-ent le soleil et le vent.

Toi poui-taiit, qui dans ta poitrine Oses pixMidre et porter laigle des vieilles lois, Comme Paul à Tarsys prit Tœuf de la doctrine Kt le portait éclore au soleil d*auti*efois. Ses ailes d*aujouitl*hui les as-tu regaixlées? Sais-tu si deux mille ans Toiseau n'a pas grandi ? Sais-tu quelle heure il est au cadran des idées?

Et si Taurore est le midi?...

Si Foiseau retourne à son aire?

Si l'œuf des vérités qu'il ne peut contenir N'est pas éclos plus loin et n'a pas changé l'ère l)*où son jour plus parfait datera l'avenir? Sais-tu quel vol nouveau son œil divin mesure? De quel nuage il veut s'abatti*e, et sur quels bords? Kt jusqu'au soir des temps pour qu'il se transfigure.

Combien il lui faut de Thabors?...

Quand le Fils de l'Homme au Calvaire, Premier témoin de Dieu, sur sa croix expira,

Page 1