CHAPITRE XXXIV
Don Chérubin va a Salamanque , et revient a Séville avec ses papiers. Il reçoit la succession de son frère. Devoirs funèbres qu'il rend a sa mémoire. Suite de son a mou/ pour Narcisa.
Le jour suivant , mon hôte, pour me faire voir qu'il étoit homme de parole, me mena chez le jurisconsulte en question, et me présentant à lui : Seigneur don Mateo, lui dit-il, vous voyez un gentilhomme qui est logé chez moi. Il n’entend pas trop bien les affaires, et il auroit besoin de vos conseds. Là-dessus le doctem me demanda gravement ce qui m’amenoit à Séville. Je le mis au fait. Ensuite il me dit : Il faut, avant toutes choses, avoir votre extrait baptistaire en bonne forme, avec un certilicat qui prouve que vous êtes frère dudit César de la Honda, depuis peu mort à Séville Ne per
l7'J LE BACHELIER DE SALAMANQUE, de/, point de temps. Partez tout à l’heure pour aller chercher ces pièces à Salamanque. Apportez-les-moi ; et comptez que je vous lcrai remettre aussitôt les effets de votre frère, malgré tous les tours de passe-passe qu’on voudra faire pour en retarder la délivrance.
I j impatience que j’avois d être muni des papiers qui m’étoienl nécessaires pour tirer des griffes de la justice de Séville les biens qui m’appartenoient , ne me permit de différer mon départ que du temps qu’il me falloit pour m’y préparer, et me fît faire tant de diligence, <|u au bout de quinze jours on me vit revenir pourvu de mon extrait baptistaire et de certificats, tant du corrégidor que de tous les autres magistrats de Salamanque; de sorte qu’on ne pou voit me nier que je fusse fils de mon père, et par conséquent frère dudit don César. Aussi, quand don Mateo eut examiné mes paperasses, il s’écria comme par enthousiasme : Vive Dieu, voilà des pièces victorieuses! De plus, me dit-il, je vous apprends que pendant votre absence j’ai vu les juges du commerce , qui m’ont dit que votre frère a fait un testament la veille de sa mort, et vous a nommé son légataire universel. Ainsi vous serez en peu de temps maître de ses biens, ou je ne veux jamais me mêler d’aucune affaire, quelque bonne qu’elle puisse me paroître.
Comme ce jurisconsulte me sembla mériter ma confiance , je la lui donnai tout entière; et je n’eus pas sujet de m'en repentir, puisqu’en trois semaines il me mit en possession de tous les effets de don César, lesquels consistoient en barres d’argent, en pistoles d’Espagne, et en marchandises de défaite. Pour* dire les