‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 133 sur 236 · CHAPITRE XI, III · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI, III

pas cesser de l’être quand elle est si vivement poursuivie par un joli honunePQuelle erreur! Je juge moins favorablement que vous de doua Paula, et j’ai particulièrement raison de; douter de sa vertu. Il faut que jevous l’avoue. J’ai vu don Gahriel un jour et la vieille Antonia qui s’en treterioient d’un air mystérieux en particulier. Je suis sur que vous étiez intéressé dans leur conversation, ou plutôt qu ils concertoient ensemble l'exécution du projet qu'ils méditoient, et qu’enfin madame éloit d’accord avec eux.

Ce zélé serviteur me dit encore tant d’autres choses, et revint si souvent à la charge, qu'il vint à bout de me persuader que j’avois été trompé par une épouse hypocrite. Je n’en doutai plus; et passant d’une extrémité a 1 autre : Toston, m’écriai-je, tu me dessilles les yeux. Oui, j ai été la dupe d’une fausse vertu Certaines circonstances que tu m’as dites ne me le font (pie trop connoître. O ciel! quel aveuglement a été le mien! Dona Paula est une perfide dont je ne veux plus me souvenir que pour la détester. Je suis ravi , me dit Toston, de vous voir dans ces sentiments. Le ciel en soit loue ! Allons, mon cher mai re, ne courons plus après une personne qui s'est rendue digne de votre haine. Retournons a Alcaraz, où les seigneurs don Manuel et don Gregorio, vos beaux-frères, et, qui plus est, vos amis, vous aideront à la bannir de votre mémoire.

Ab! Toston, lui repondis-je, quoses-tu me proposer? Tu devrois plutôt me conseiller de passer les colonnes d Hercule, et daller au fond de l'Afrique cacl 1er ma honte et mon nom. Je sens une répugnance

220 IÆ BACHELIER DE SALAMANQUE, invincible à revoir le séjour d’Alcaraz, après le coup mortel que mon honneur y a reçu. J'aime mieux, m’en écarter pour jamais , ou du moins pour quelques années, lié bien, reprit-il, puisque vous vous laites une si grande peine d’aller retrouver vos amis, prenons donc un autre parti. Faisons le voyage des Indes occidentales. \près toutes les merveilles que j’ai ouï raconter du Mexique, je serais bien aise que vous voulussiez voir ce pays charmant, qui mérite qu’on lui donne la préférence sur tous les climats du monde; un pays où règne, à ce qu’on dit, un éternel printemps; oit l'on ne voit presque point de malades; oit les entrailles de la terre sont d'argent, et oit dans mille endroits les rivières roulent leurs eaux sur un sable d’or. C'est là, mon cher patron , c’est là que vous devez aller. Tu m’en inspires l’envie, lui repartis-je, mon enfant. Je le veux bien, partons pour la Nouvelle-Espagne. C’en est fait, je me détermine à faire ce voyage. Peut-être me fera-t-il oublier plus facilement l'indigne sœur de don Manuel.

Je n’eus pas plutôt formé cette résolution, qui véritablement étoit préférable à celle de m’obstiner à chercher une femme qui me fuyoit, que je me rendis à Cadix, ou je n'attendis pas huit jours l’oceasion de m’embarquer pour le Mexique. Je trouvai un navire marchand qui se préparait à mettre à la voile pour Vera-Cruz, et je me hâtai de profiter de cette commodité.

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