‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 160 sur 236 · CHAPITRE L \ I · texte numérisé non relu

CHAPITRE L \ I

Don Chérubin va par curiosité entendre prêcher un père de l'ordre de Saint-Dominique. Quel homme c ctoit que ce religieux. Sa surprise en le reconnaissant , et de l entretien qu'il eut avec. lui.

Peu de temps après ce mariage, il arriva qu’un religieux de l’ordre de Saint-Dominique vint de Guatimala demeurer à Mexico. Il prêcha d'abord dans la caillé-

flrale, et fit tant de bruit dès son premier sermon, qu'il devint le sujet de toutes les conversations de la ville. Dans quelque maison que j’allasse , je n’entendois parler que du père Cyrille : les femmes surtout le vantoient, et le mettoient au-dessus des plus fameux prédicateurs de la Merci , de Saint-François, et meme des Jésuites, bien que parmi ees derniers il y en eût alors de très célébrés. Devoit-il prêcher dans une maison religieuse, toute la noblesse y couroit en foule; on augmentoit le prix des places. L’auditoire éclatoit en brouhaha. L’on y battoit même des mains, et l’on sortoit de l’église en devant jusqu aux nues l’éloquence du prédicateur.

Je ne pus tenir contre la réputation du père Cyrille, et je voulus juger par moi-même de ses talents. Ayant appris qu il devoit prêcher le jour de l’ Assomption dans son couvent, je m’y rendis, et j'y trouvai une nombreuse et brillante assemblée, quoique ce monastère soit à une lieue de Mexico. Je m’assis parmi les auditeurs pour mon argent, et, en attendant le sermon, je m’entretins avec un cavalier qui étoit auprès de moi. Je lui demandai s’il avoit déjà entendu le père Cyrille. Deux fois, me répondit-il; et je vous proteste que jamais aucun prédicateur ne m’a fait tant déplaisir que celui-là.

Vous allez, poursuivit -il, être surpris de son style éblouissant et de la beaute de ses portraits. Il a un choix de termes et une élégance qui enlèvent, des métaphores heureuses, des allégories justes et ravissantes, des beautés de détail, des tours qui lui sont particuliers,

et surtout des transitions de la dernière finesse. Je ne vous en dis pas davantage pour vous laisser le plaisir de la surprise. Je vous avertis seulement qu’il faut l’écouter

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