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son excellence irritée de la fermeté des prisonniers,
ds périront, puisqu’ils veulent s’approprier des richesses
qui appartiennent au roi.
Ces paroles du comte furent suivies d'un arrêt de mort qu’il prononça contre eux, en conformité de l'ordre sanguinaire de la cour, et cela sans opposition de la part des juges de la chancellerie, quoique ces officiers soient en droit de s’opposer aux desseins injustes des vice-rois; cequ d faut sans doute attrihueràlacrainte qu'ilsavoient de déplaire au ministre, dont ils connoissoient l’esprit vindicatif.
< )n dressa donc dans la place du marché un échafaud, sur lequel on fit premièrement monter l’aîné des trois freres indiens. 11 étoit accompagné du père Cyrille, qui 1 exhortoit en proconchi à contenter le vice-roi, tandis que de l’autre l’exécuteur tenoit à la main un large coutelas dont il affectoit de faire briller la lame aux yeux du malheureux quelle menaçoit : mais l'Indien, regardant d’un œil intrépide l’appareil de son supplice, et, plus fatigué qu’éhranlé de l’exhortation du moine, se hâta de tendre la gorge au bourreau, qui lui porta le coup mortel.
< )n fil aussitôt venir le second frère, à qui le religieux voulut persuader qu’il ne devoit pas suivre l'exemple de son aîné. Discours inutile, lui dit l’Indien, qui parloü un peu la langue espagnole. Mon ami, poursuivit-il en s adressant a I exécuteur, fais promptement ton devoir; consomme l’ouvrage injuste et barbare de tes supérieurs. A ces mots, il pencha la tète sur le billot, et le bourreau la lui trancha.
Il ne restoit plus à expédier que le cadet des trois
35G LF, BACHELIER DE SALAMANQUE, frères. Celui-ci ne parut pas sitôt sur l'échafaud , qu on entendit un murmure parmi les assistants, qui étoient en très grand nombre ; et ce murmure étoit un effet de la compassion générale que sa vue excitoit. Il est constant qu’on ne pouvoit le considérer sans déplorer son malheur. C'éloit un garçon de vingt ans tout au plus, de belle taille et de bonne mine. Les dames, qui sont naturellement pitoyables, plaignoient sa jeunesse, et souliaitoient qu’il n'imitât point ses frères. Tous les spectateurs faisoient des vœux pour lui au ciel. Pour moi , j’espérois, et monseigneur se flattoit aussi de cette espérance, quece jeune Indien pàliroitcn voyant le fer levé sur sa tête, et les corps de ses aînés étendus sur réchafaud.Le père Cyrille meme, malgré la eormoissance qu’il avoitde la fermeté des Indiens, 11e désespéroit pas d’arracher celui-ci au trépas; et, pour cet effet, redoublant ses efforts, il épuisa les discours les plus éloquents de son recueil académique : mais il ne fut pas plus heureux dans cette entreprise qu’il l'avoit été à Guatimala dans l’affaire de l’élection d’une supérieure; car quand le jeune Indien aperçut par terre les têtes de ses frères séparées de leurs troncs, il les ramassa toutes deux en fureur, et les baisant 1 une après 1 autre avec transport : Attendez, s’écria- 1- il en sa langue, attendez, mes chers frères, je vais vous suivre. La mort 11’a pour moi que des charmes, puisqu elle va me rejoindre à vous. Le jacobin, jugeant par ces paroles que ce furieux vouloit périr, cessa de l’exhorter a vivre , et l’abandonna au bourreau, qui lui abattit la tête.
La place du marché retentit aussitôt d’un cri d'horreur. Tout le peuple éclate en murmures confus. On
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plaint ccs trois Indiens, et leurs juges sont accusés d'injustice. Il esl certain que cette aventure lit peu d honneur au comte de (doives et au premier ministre; mais je crois que ces deux seigneurs lurent moins mort iliésd avoir fait injustement mourir l rois gentilshommes, «pie d avoir infructueusement commis une si mauvaise action. Pour don Juan de Salzedoet moi, nous en fûmes véritablement affligés, aussi-bien que le petit père Cvrille qui s en retourna tristement à son monastère comme un homme qui perdoit un évêché.