‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 200 sur 236 · CHAPITRE LXXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXXL

De J a con fidence que don. Juan de Sa/zcdo fit a son Rendre d un projet forme par Je vice-roi. Ce que c' était que ce projet, et comment il fut exécuté. L'archevcque de Mexico prend Je parti du peuple , excommunie don Pedre et le vice-roi. T 'iolence que Juif ait ce dernier pour Je faire conduire h la Vera-Crux.

PoUR Peu que mon beau-père eût été envieux et jaloux, il n auroit pas vu sans peine les gentilshommes s'empresser, comme ils faisoient, à rechercher mon amitié préférablement à la sienne; mais c etoit un bonhomme qui prenoit plaisir à me voir estimé et honoré de tout le monde. Peut-être aussi qu’en lui-même, attribuant à la considération qu'on avoil pour lui celle quon me témoignoit , sa vanité y trouvoit son compte. Quoi qu’il en soit, il nfaimoit autant que si j’eusse été son propre (ils. Il n avoit point de secrets pour moi, et quelquefois il me (aisoit des confidences très importantes. En voici une de celles-là qu’il me lit un jour.

Le comte de («elves, me dit-il, commence à perdre 1 espérance île (aire prolonger son gouvernement. Lu coin lisait de ses amis, bien informé des mouvements

3£>2 LE BACHELIEli DE SALAMANQUE, que plusieurs seigneurs se donnent à la cour pour obtenir la vice-royauté du Mexique, lui mande que le comte duc d < Mivarès paroît avoir envie de l’aire tomber le choix du roi sur le marquis de Serralvo. Un autre, moins avare que le comte de Gelves, continua-t-il, s'en eonsoleroit, et s’en retourneroit content à Madrid avec le poisson qu'il a j) ris : mais il 11e peut se borner; il veut taire un bon coup de filet. Il prétend qu’en faisant renclierir le sel il gagnera des sommes immenses; et, pour rejeter sur un autre la haine publique qui est alttachée a ce monopole, d a en main un homme né pour exécuter de semblables entreprises : c'est don Pedro Mexio , gcntilhommedes plus richesdu Mexique , et des mortels peut-être le plus audacieux.

J’aime monseigneur, poursuivit don Juan, et je chéris trop sa gloire et son honneur pour avoir applaudi à son dessein lorsqu’il me l’a communiqué. Je l’ai combattu en ami sincère, en serviteur zélé : mais, quoique le comte m’écoute ordinairement et suive assez mes avis, je vous dirai qu'il y a des occasions où, comme dans celle-ci, il ne veut pas être contredit; si bien qu'il est déterminé à faire exécuter son projet , quelque chose qu'il en puisse arriver. Ainsi parla mon beau-père, qui me demanda ensuite ce que je disois fie ce projet. Je dis, lui répondis-je, qu il me fait frémir, et qu’il peut avoir des suites fort désagréables pour son excellence et pour nous. C’est ce que je crains, répliqua -t- il, et je suis bien mortifié de ne pouvoir les prévenir. Nous désapprouvions donc cette entreprise, Salzedo et moi , et nous étions au désespoir de voir que l’on se préparoit 1 l’exécuter. Je vais détailler de quelle façon les entre-

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