‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 218 sur 236 · CHAPITRE LXX\ I. 3^r · texte numérisé non relu

CHAPITRE LXX\ I. 3^r

rejeta' sans hésiter sa proposition. Outre qu'il avoit une ligure qui netoil nullement de mon goût, j’élois dans une disposition peu favorable pour un amant.

I" ^ngi°is employa cinq ou six jours à me faire l'amour tort poliment; mais, jugeant que pour arriver à son but cetoit prendre le chemin le plus long, il fit tout à coup suectdi t les airs marins a sa politesse; et je conviens que j'eus besoin alors de toute la force que le ciel me prêta pour résister à sa violence. Heureusement pour moi, ma résistance, au lieu d’irriter sa fureur, la ralentit. 11 passa subitement de l’amour au mépris. Il cessa de me tourmenter; et me regardant d’un air dédaigneux : pour une soubrette, me dit- il, vous faites bien la cruelle. Rassurez -vous, ma mie, je ne veux pas devoir à mes efforts une victoire que je méprise. En même temps il me lit portera terre avec mes effets par deux matelots, auxquels il ordonna de me conduire jusqu’au premier '•liage, et de my laisser. Les matelots n’exécutèrent pas en gens d'honneur l'ordre de notre capitaine. A la ■v éi ite ils me menèrent au village, et m y abandonnèrent ; mais, considérant quej étois une femme qu'ils ne reverloienl pi obableinent jamais, ils emportèrent avec eux le coffre ou etoit notre argent

.1 a vois par bonheur dans ma bourse une trentaine de pistoles d Espagne, et un gros diamant au doigt. Avec de pareils effets on trouve de l’assistance partout où il y a des hommes. Le maître et la maîtresse de 1 hôtellerie du village où jetois entrèrent dans mes peines. Je ne leur eus pas sitôt conté mon histoire, qu il me plaignirent, et m offrirent leurs services, en maudissant le capitaine Copc et ses matelots. Je leur

3,9 2 LE BACHELIER DE .SALAMANQUE, demandai dans quel endroit d’Espagne j’étois. Vous êtes ici dans le village de Molina, me répondit l’hôte, sur la côte de Grenade, entre Marbellin et Mala<ra, à douze lieues de la vdle d Antequerre , oit je vous conduirai moi-meme si vous le désirez. Vous me ferez plaisir, lui dis-je : mon dessein étant de me remettre au service de quelque personne titrée, je pourrai trouver là quelque condition. Vous n’en devez pas douter, reprit-il : Antequerre est une ville peuplée, où il y a surtout bien de la noblesse. J’y ai des connoissances, ajouta-t-il : je conçois, entre autres, une bonne dame qui étoit autrefois duègne dans une maison oii je servois ; je vous mènerai chez elle, et je suis sur qu’elle vous aura bientôt placée.

Je partis donc avec mon hôte pour Antequerre, el nous y fûmes a peine arrivés , qu'il alla voir cette vieille gouvernante. Il lui raconta mon malheur; et elle en (ut tellement attendrie, qu’elle lui dit : Amenez -moi cette femme infortunée , je lui offre un lit et ma table; j épouse ses intérêts; je la prends sous ma protection. Pour supprimer les circonstances superflues, cette dame me mit auprès de doua Léonore de Pedrera, fille d’un gentilhomme d’Antequerre, avec laquelle, après la mort de son père, je suis venue demeurer à Madrid, chez doua Helenade Toralva, sa tante, dont elle est unique héritière.

Je n’ai plus rien à vous dire, poursuivit Blandine. Je viens de vous rendre compte de ma conduite, et je crois que vous devez être content de votre épouse. Je le suis parfaitement, s’écria Toston; et les choses étant telles ([ne vous venez de me les rapporter, j’auroistort de ne l'être pas. Je vous avouerai même, excusez ma sincérité,

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