‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 24 sur 236 · CHAPITRE VIH · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIH

commises, ou je le punissois sans chaleur, ou je les lui pardonnois sans mollesse.

Néanmoins, avec tous ces ménagements, et malgré toute mon adresse, j'éprouvai la vérité de ce que m’avoit dit le valet de chambre. Don Louis me prit en aversion; et sa haine augmentant à mesure que je montrais plus de zèle pour son éducation, il entreprit de nie faire donner mon congé. Pour y réussir, il alloit parler de moi en particulier à ses parents: il se plaignoit, il m’accusoit d'ètre dur et déraisonnable, me prètoit des ridicules, et déclarait que si on ne le délivrait pas de son tyran, il ne ferait aucun progrès dans ses études. Il ajoutoit même à cette menace des pleurs de commande. Enfin il joua si bien son rôle, que ses parents, touchés de sa lausse douleur, prirent son parti, et mirent le précepteur à la porte. C’est ainsi que les pères et les mères, par foi blesse pour leurs enfants, congédieront quelquefois un honnête homme qui n’aura que trop bien fait son devoir.

Pour surcroît de chagrin pour moi , en sortant de cette maison j’allai voir le licencié don Prosper, pour 1 informer de ce qui s’étoit passé. Je voulus lui représenter les mauvaises qualités du jeune don Louis, et lui détailler la manœuvre qu’il avoit employée pour me faire chasser de chez lui; mais le chanoine, apparemment prévenu par don Jérôme, au lieu de me plaindre, m’écouta froidement, et me tourna le dos, après m’avoir dit, d’un air sec, qu’il ne se mêlerait plus de présenter des précepteurs, à moins qu'il ne les. cnnn û t parfai t ernen t .

Page 1