‹ Œuvres de Le Sage (volume 2)Chapitre 45 sur 236 · CHAPITRE XIV. 6j · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV. 6j

voyons tous les jours ; nous mangeons quelquefois ensemble, et nous coudions sous le meme toit : il ne nous manquoitqued avoir des ainiescoimnunes, nous n’avons plus rien à désirer. L’air railleur dont il dit ces paroles, me mit en train de plaisanter aussi ; ce que je lis à tout événement, et bien résolu de rompre en visière au bourgeois, s il savisoit de me chicaner sur notre rencontre chez ces dames. Maisau lieu de me témoigner le moindre mécontentement là-dessus, il s’assit à table avec nous, en disant d’un air aisé qu’il ne croyoit pas être de trop dans la compagnie. Véritablement il fut de si belle humeur, qu'il me parut fort agréable. Il me porta des blindes, et me lit mille amitiés. Insensiblement j’oubliai que j etois avec le père de mon disciple, et nous fîmes ensemble la débauche.

Lorsqu’il fut temps de nous retirer, nous prîmes congé des dames, et retournâmes au logis. Quand nous y fûmes arrivés , le bourgeois me dit : Monsieur le licencié, je ne vous sais point mauvais gré d’aller chez ces femmes que nous venons de voir; mais gardez-vous bien, je vous piie,dy mener mon bis avec vous.

Carambola ne put s’empêcher de rire en achevant ces derniers mots, et ses ris furent accompagnés des miens. Voilà, luidis-je, un père admirable, et une excellente maison pour un précepteur. Je l’ai pourtant quittée, reprit le Biscayen, pour l’honneur de mon caractère : j ai cru qu’il ne convenoit point à un licencié vicieux de demeurer dans un endroit où il était connu. Je suis place ailleurs. J’elève le fils naturel d'un conseiller du conseil des Indes, et j’espère que son éducation me sera plus utile que celle d’un enfant légitime. Je souhaite,

dis-je à Carambola, que vous ne vous flattiez point d’une vaine espérance; mais, vous tne lavez dit cent fois, il ne faut pas trop compter sur la reconnoissance des parents. Cela n’est que trop vrai, me repartit le petit licencié; cependant les personnes à qui j’ai affaire me paroissent si généreuses, que je ne puis m’empecber de faire un grand fonds sur elles.

CH An T UE XV.

Don Chérubin j ait connaissance avec un aimable cavalier , nommé don Manuel de Pedrilla. De quelle façon ils passaient le temps ensemble. De l'agréable surprise oit st trouva un soir don Chérubin en soupant avec des dames. Ce qu'elles etoient. Leurs entretiens .

Notre conversation fut troublée par un cavalier avec qui j’avois depuis peu fait connoissance , et qui me vint joindre à la promenade. Sans adieu, me dit aussitôt le Biscayen , nous nous reverrons. En meme temps il se retira, me laissant avec mon nouvel ami, qui se nommoit don Manuel de Pedrilla. C’étoit un gentilhomme de la ville d’Alcaraz, sur les confins de la Castille nouvelle, un cavalier à peu près de mon âge, et dune agréable figure. L’envie de voir la cour l’avoit attiré à Madrid. Il logeoit dans mon hôtel garni, nous mangions ensemble’, et nous allions tous les jours aux spectacles ou à la promenade. Enfin nous nous attachâmes 1 un a l’autre, et nous devînmes inséparables.

Un matin, pendant que nous nous entretenions dans

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