CHAPITRE XIX. go
m’avez point surfait ! Que dis-je? vous m’avez rabaissé les attraits de la divine Erancisca, bien loin île nie le^ avoir exagérés. Qu'elle est aimable ! Quel bonheur peut égaler celui de la posséder!
Comme j avois déjà les oreilles rebattues de discours flatteurs, j’écoutai de sang-froid monsieur le commandeur, qui, jugeant bien qu’il en falloit tenir de plus intéressants pour arriver à son but, poursuivit dans ces termes, en apostrophant Damiana : Madame, j’implore votre protection. Employez, de grâce, tout le pouvoir que vous avez sur votre nièce pour l’engager à souffrir mes soins. Je veux m’attacher à elle, et changer la face de sa fortune, qui ne me paroît pas convenable à son mérite.
11 s’arrêta dans cet endroit pour attendre ma réponse; mais je laissai ma tante répondre pour moi. Je ne me contentai pas même de garder le silence, j’affectai de me montrer honteuse et troublée; ce qui ne lit pas un mauvais effet. Damiana porta donc la parole, et s’en acquitta en femme d esprit. Si elle remercia le commandeur des bons sentiments qu’il témoignoit avoir pour moi, elle lui lit connoître en même temps que je les meritois : elle lui vanta mon éducation, mes talents, et lui fit un si beau roman de la conduite que j 'avois toujours tenue, que ce vieux seigneur me regarda comme la meilleure connoissance qu'il pût jamais faire.
Pour la commencer sous un heureux auspice, il nous fit quitter notre chambre garnie, pour aller occuper un appartement qu’il fit louer et bien meubler dans un hôtel. 11 nous donna des domestiques de sa main, et se chargea du soin de laire la dépense. ( lutre cela, il nous
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LE BACHELIER DE SALAMANQUE, accabla de présents; de manière que nous nous vîmes bientôt sur un bon pied. Vous vous imaginez bien que je ne payai pas d’ingratitude un procédé si galant et si généreux ; mais vous ne devineriez jamais quelle fut ma reconnoissance.
nés le premier entretien particulier que j’eus avec ce seigneur, |C sus a quoi m en tenu avec lui. Cliaimante Francisca, me dit-il, je n’ignore pas que ce scroit mie folie à un homme de mon âge cle prétendre vous inspirer de l’amour. Je me fais justice; je n’attends de vous que de l'estime et de l’amitié. Cependant, vous le dirai-je ? telle est la passion que j’ai pour vous, que je mourrais de jalousie si je me voyois un rival aimé.
Je vous découvre le fond de mon cœur, ajouta-t-il; et le vôtre peut-être va se révolter contre le sacrifice que j’ai à vous demander, et qui pourra vous paraître une tyrannie.
Quel est donc ce sacrifice, lui dis-je? Il faudra qu’il soit impossible, si je ne vous l’accorde pas. De quoi s’agit-il ? Parlez hardiment. Il s’agit, répondit le vieux commandeur, de borner vos conquêtes à la mienne, et, pour vous accommoder à ma délicatesse, de n’écouter aucun amant que moi. Vous sentez-vous capable d'une si grande complaisance pour un homme qui n’a que de tendres sentiments pour la mériter?
J’affectai de rire à ce discours, quoique dans le fond ce que ce vieux seigneur exigeoit de moi ne fût pas de mon goût; ensuite , faisant la réservée : Comment donc, m’écriai-je, monsieur le commandeur, est-ce là cet effort pénible que vous attendez de ma reconnoissance pour prix des bontés que vous avez pour moi? \h\