CHAPITRE XIX
prieur? C'est tout ce qu’on peut faire aux galants les plus jeunes et les plus accomplis, .le dirai pourtant a ma louange que je ne lui devins pas infidèle sans remords : je le plaignis; et, ce qu’une friponne a ma place n eut point fait, je résolus de le quitter, me faisant un scrupule de continuer à recevoir ses présents, et d’avoir deux amants à la fois.
Pour ma tante, elle n’étoit pas si scrupuleuse; et, trouvant la pratique du commandeur plus lucrative que celle de son laquais, elle me conseilloit de donner la préférence au premier, ou du moins de les ménager tous deux, l'un pour l’utile, et l’autre pour 1 agréable; ce qui n’auroit pas été sans exemple. Mais j’aimai mieux suivre les conseils de l'amour que les siens, et m’en aller avec don Pompeïo , qui me pressoit de céder à l'envie qu’il a voit de me conduire à Grenade , où nous attendoit, disoit-il, un sort plein de charmes. .Te laissai donc là mon vieux soupirant, aussi-bien que ma fausse tante , à laquelle j’abandonnai tous nos effets pour 1a. consoler de notre séparation, et la faire rouler jusqu’à ce qu'elle eût une autre nièce; et, n’emportant avec moi, pour ainsi dire, que ma jeunesse et mes appas, je sortis un matin de Cordoue à la dérobée avec mon nouvel amant, et nous nous rendîmes tous deux à Grenade le lendemain.
loti