‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 110 sur 215 · LIVRE I, CIIAP. IL ao · texte numérisé non relu

LIVRE I, CIIAP. IL ao

Monsieur le cure, dit-il, laissons là, s'il vous plaît, la plaisanterie; approchons-nous plutôt de ces seigneurs, qui s'arrêtent dans ce village : sachons qui ils sont , et ce qu'ils cherchent. L’avis fut suivi. Toute la compagnie s'approcha des cavaliers, et, après le salut ordinaire, le curé leur demanda fort civilement qui ils étoient , et s'ils faisoient état de coucher dans le village. Seigneur licencié, lui répondit un des cavaliers, nous sommes des gentilshommes grenadins, qui allons aux joiites de Saragosse. Nous nous étions proposé de passer cet endroit-ci de deux lieues; mais nos valets et nos chevaux se trouvent si fatigués, que nous jugeons à propos de les faire reposer ici : et quand nous devrions coucher sur les degrés de votre église, nous vous prierions de nous le permettre, plutôt que de passer outre. Hé bien, seigneurs cavaliers, répliqua le curé, comme il n'y a point en ee lieu d hôtellerie qui puisse contenir tant de monde, je veux moi-même prendre soin de vous loger. Messieurs les juges emmèneront avec eux chacun un cavalier et les personnes de sa suite, et nous nous chargerons des deux autres, le seigneur Quexada et moi. Vous ne serez pas traités comme le demanderoit votre condition, ni de la manière que nous le souhaiterions; mais ce sera du moins avec toute la bonne volonté possible. Le curé ayant ainsi distribué les logements, chacun mena chez soi son hôte, après que les Grenadins furent convenus qu’ils partiroient le lendemain de grand matin pour éviter les chaleurs excessives de la saison.

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