‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 128 sur 215 · CHAPITRE VT · texte numérisé non relu

CHAPITRE VT

De ta troisième sortie de Don Quichotte. Du nouveau surnom qu 'il prit, et de la première aventure qui lui arriva.

Cf. fut sur la fin du mois d’août, cinq heures pour le moins avant le lever de l’aurore, que le grand chevalier de la Manche sortit du village de l’Argamesille, monté sur Rossinante, et fièrement paré des belles armes du Grenadin. Il portoit à son bras gauche le précieux bouclier de Bandenazar, et sa lance à sa main droite. Son incomparable écuyer le suivoit sur son nouveau grison avec la malle en croupe, et un bissac oii il y avoit quelques provisions. Après qu’ils eurent marché assez long-temps sans parler, Don Quichotte rompit enfin le silence. Tu vois, dit-il, mon fils, comme tout se montre favorable à notre dessein. La lune nous éclaire de tous ses rayons empruntés ; et nous n’avons rien vu encore dont nous puissions tirer un mauvais augure. Tout va bien jusqu’ici, répondit l’écuyer; mais je crains fort que demain maître Nicolas et monsieur le curé, nous trouvant à dire dans le village , ne sortent à notre quête avec toute leur sequelle; et s’ils nous attrappent une fois, seigneur Don Quichotte, gare la cage; vous savez ce qu’en vaut l’aune. Vive Dieu ! la rechute seroit pire que le mal. O barbier lâche et per-

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