‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 139 sur 215 · LIVRE ï, CH AP · texte numérisé non relu

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et demain de l'autre. Oii ! pour le coup, Monsieur, vous avez la berlue, ou je ne suis pas la Heur des écuyers errants. I /homme <pie vous me montrez là est un paysan qui garde sa melonnière; et, par ma foi, n’a t-il pas raison ? 1! passe à tous moments par ce grand chemin des gens (pii vont à Saragosse, et qui pourroient bien entrer dans son champ, pour v faire la fête aux melons. Oui, Saneho, reprit le chevalier, uniquement occupé de sa pensée; c'est le fameux comte d’Angers, le plus célèbre des paladins de France; c’est Roland le Furieux. Encore une fois, Monsieur, dit l’écuyer, cet homme-là est un bon paysan qui garde ses melons, qui n’a pas assurément la mine d’un comte, et encore moins d'un baladin. Je sais mieux que toi ce qu'il en faut croire, repartit Don Quichotte; ce prince, à ce que rapporte le véridique livre intitulé Le Miroir de la chevalerie, lut enchanté par un Maure qui, par son art merveilleux, le transporta dans celte forteresse que tu vois, pour en défendre l’entrée à tout homme mortel, (./est ce même Roland qui, transporté d’une fureur jalouse de ee que Médor, jeune Maure de l’armée d’Agramant, lui avoit ravi sa maîtresse, la belle Angélique, déracinoit les plus gros arbres jusqu’aux plus profondes racines. Ainsi, mou cher enfant, je puis dire aujourd’hui ce (pie disoit un jour le vainqueur de I Asie , que j’ai trouvé enfin un péril digne de moi. Je ne veux point passer outre, sans éprouver cette aventure, puisque ma bonne fortune me l’a fait rencontrer. Saneho voulut se servir de sa prudence ordinaire pour détourner son maître d un si dangereux dessein. Monsieur, lui dit-il, mon avis est que sans tarder nous entrions dans Don Quichotte. 17

le village, el que nous laissions en repos ce Roland, qui ne nous a rien fait; car, si la sainte Hermandad nous agrippe une fois au collet, nous sommes sûrs d’aller aux galères, et d’y demeurer si long-temps, que, quand nous en reviendrons, nous aurons du poil blanc au gras de la jambe. Oh! Sancho, reprit notre chevalier, que tu as peu de goût pour les aventures! lié! qu’arriveroit-il , dis-moi, si je suivois les timides conseils? Je fuirois toutes les occasions d’acquérir de la gloire, et je me rendrois l’opprobre de la chevalerie errante. Ce n’est pas de celte manière que se gagnent les îles et les empires. Si tu veux que je fasse ta fortune, mon ami, élève ton courage, et montre-toi digne du poste éclatant que tu peux attendre de ma valeur. Hé bien , Monsieur, répliqua l’écuyer, puisqu’il faut absolument massacrer ce melonnier pour gagner des royaumes, je ne m’y oppose plus. Vous n’avez qu’à mettre la main à la pâte. Puisque je suis avec les loups, il faut bien que je hurle. Il est vrai que ce Roland 11e nous a point offensés; mais pourquoi se trouve-t-il en notre chemin? Quand il pleut, malheur à ceux qui sont sous les gouttières. Comme ce paladin, dit Don Quichotte, a le corps invulnérable par enchantement, et qu’il ne sauroit être blessé qu’à la plante du pied, tu vois bien que je vais m’engager dans le plus grand péril qu’ait jamais couru un chevalier errant. C’est pourquoi j’ai une chose à le recommander. Fais 1 officed’un fidèle écuyer. Adresse-toi au dieu des batailles, et le prie, par les plus ferventes prières que l'excès de Ion zèle te pourra suggérer, que je sorte vainqueur du combat; mais, s’il en ordonne autrement, si je suc-

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