‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 154 sur 215 · LIVRE I, Cil A P. XI. 28y · texte numérisé non relu

LIVRE I, Cil A P. XI. 28y

a toute heure des hôtelleries pour des châteaux, insulte tous les hommes <jue nous rencontrons, en les appelant des llenauds, des Rolands, en leur donnant des noms que le diable puisse emporter. Tenez, seigneur Valentin, voilà le fait. L’autre jour encore, il traitait d'infante de Galice une salope de servante, qui me vint trouver dans l’écurie, et qui pour quatre sous s’offroit à faire les sept péchés mortels. Il lui parloit, mardi, avec plus de respect qu’il ne parleroit à la fille de l’archidiacre de Tolède. Pendant tous ces discours, Don Quichotte, appuyé contre une fenêtre, étoit enseveli dans une profonde rêverie ; ce qui fit croire plus d'une fois au seigneur Valentin que sa harangue avoil fait merveille. Mais le chevalier, comme un homme qui se réveille en sursaut, regardant d’un air indigné le chanoine, lui dit fièrement : Je suis fort surpris, seigneur archevêque Turpin, qu’étant un des principaux barons de l'empereur Charles, et parent des douze pairs de France, vous ayez quitté le noble exercice de la chevalerie pour venir ici traîner dans l’obscurité une vie oisive et inutile. C’est en vain que vous essayez de corrompre ma vertu en me conseillant de fuir les aventures. L’amour de la chevalerie errante est trop puissant sur moi pour que je suive vos lâches conseils. Cessez donc de me tenir de frivoles discours, et contentez-vous de dire votre bréviaire, puisque, démentant votre gloire passée, vous pendez indignement au croc, comme une arme vile, cette pesante et sacrée massue avec laquelle vous écrasiez les géants, et qui a été si funeste aux plus fiers guerriers des rois Agramant et Marsillc. Ah1 ali1 interrompit Sancho en se Don Quichotte. et

tournant vers l’ecclésiastique, seigneur Valentin, vous avez aussi tâté de la chevalerie, et vous ne vous en vantez pas ! Vous savez donc ce que c’est que les coups de bâton et les coups de fronde ? Parbleu, je m’en réjouis. Celui qui parle mal de la cavale, c’est celui qui l’emmène. Sanclio, mon enfant, reprit Don Quichotte, donne-moi promptement mes armes, et amène au plus tôt mon cheval. Sortons de ce palais, qui est plus dangereux que celui d’Armide. Vous voyez bien, seigneur licencié, dit Sanclio à Valentin, que votre long prône n’a servi de rien. Au bout du compte, le seigneur Don Quichotte a trop d’esprit pour n'avoir pas raison. Saneho, dit Don Quichotte, le temps presse; fais vite ce que je t’ordonne. L’écuyer alla aussitôt quérir ses armes, et quand le chevalier fut armé, il monta sur Rossinante, et partit brusquement après avoir salué l’archevêque avec gravité, mais sans lui dire un seul mot, tant il étoit indigné de sa lâcheté. Pour Sanclio, lorsqu’il fut sur son âne, il dit à Valentin : Seigneur licencié, je vous remercie de la bonne chère que vous nous avez faite, et je prie Dieu qu’il vous conserve per sœculorum. Que vous êtes savant ! dit l’ecclésiastique, vous parlez latin! Comme un chanoine, repartit l’écuyer. Ah! dame! quoique nous n’ayons pas pris nos licences, nous ne laissons pas de savoir comme vous un petit de toutes choses. Autrefois je lisois tout courant ma croix de par Dieu; et si j’avois voulu croire mon parrain, qui étoit marguillier de la paroisse, et qui me vouloit mettre dans la science pour l'aider à faire ses comptes, je serois à présent magister de notre village. Bref, seigneur Valentin, mon pays s’appelle l’Argame-

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