‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 155 sur 215 · LIVRE I, C.H AP. XI · texte numérisé non relu

LIVRE I, C.H AP. XI

sille, el j’y serai toujours prêt à faire ce (jue vous m’ordonnerez, pourvu que ce 11e soit rien contre Dieu et Je saint siège apostolique. Adieu, je vous baise les mains, et je supplie la bonne sainte Agnès que vous viviez aussi long-temps que notre grand-père Abraham, de qui nous sommes tous descendus.

lin achevant ces paroles, il donna du talon à son baudet, et se mit à suivre Don Quichotte; mais en passant par la grande place il fut arrêté par les officiers du bourg, qui, l’ayant reconnu, voulurent un peu s’en divertir. Ile! où allez-vous donc ainsi, seigneur chevalier? lui dit un des officiers. Messieurs, répondit Sancho, je 11e suis point encore chevalier; cela 11e vu pas si vite que votre tête : il faut être apprenti avant que d’être maître; et quand la fête sera venue, nous la chômerons. En attendant, nous allons aux joules de Saragosse, et puis de là nous irons dénicher des griffons sur la montagne d’Araignie. Seigneur écuyer, lui dit un autre, faites-nous part, je vous prie, des joyaux que vous gagnerez aux joutes. Pour les joyaux, repartit Sancho, il falloit vous lever plus matin, ils sont promis au seigneur Valentin, qui s'y attend comme à ses quatre repas par jour. Mais si vous voulez des géants, nous vous en donnerons à toutes sortes de sauces. Cette repartie fit rire tou-> les officiers; ce que les enfants de la place ayant remarqué, ils se mirent à crier après lui , à lui faire des niches, à le siffler, et. à lui tirer des pois au visage avec des sarbacanes. Le jeu déplut à Sancho, qui, se montrant en celte occasion digne écuyer du fameux Don Quichotte, poussa vigoureusement son baudet au milieu de tous les en-

l'ants, et jouant du bâton à droite et à gauche il écarta les plus empressés à le harceler; et, s’étant bientôt ouvert un passage par sa valeur, il appuya des deux au grisou, et rejoignit son maître, qui, le voyant venir au grand trot et fort échauffé , lui dit : Qu’y a-t-il , mon (ils ? tu parois bien ému. Oh ! l’affaire en est faite , répondit l’écuyer, et Dieu merci! je n’ai pas eu besoin de votre secours. L’enchanteur maure avoit mis à mes trousses une centaine de lutins pour le moins; mais avec ce bâton que j’ai trouvé par hasard dans l’écuric de rnessire Valentin je les ai chassés comme des mouches. Sancho, Sancho, dit alors Don Quichotte d’un air qui marquoit beaucoup d’étonnement, allons bride en main, je te prie. Tu as, dis-tu, mis en fuite les démons de l’enchanteur avec le bâton que tu as présentement à la main? Oui, Monsieur, repartit l’écuyer; oh! dame, à force de fréquenter la chevalerie, le courage me vient. Vive Dieu! répliqua Don Quichotte, c’est la massue de l’archevêque Turpin que tu as trouvée ! car enfin, mon ami, un bâton, de quelque longueur et de quelque grosseur qu’il puisse être, ne sauroit mettre en fuite des esprits. Il faut pour cela une arme qui ait été bénite par les mains mêmes d’un ministre de la sainte Église. Par ma foi , dit Sancho, je ne vous garantirai pas que c’est la massue de l’archevêque Turlupin ; mais je sais bien qu’elle m’a servi en cette occasion , et qu’elle me servira encore une autre fois. Oui, mon enfant, dit Don Quichotte, elle vaut mieux que celle d’Hercule. Conservons précieusement cette bonne arme, elle nous sera d’une grande utilité; car enfin, quoique ma valeur soit soutenue d’une force de

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