‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 162 sur 215 · LIVRE II, CJIAP. II. 3o · texte numérisé non relu

LIVRE II, CJIAP. II. 3o

licrile , puisque moi qui suis le grand Espagnol Don Quichotte, 1 invincible chevalier Sans Amour, jai succombé sous les enchantements du traître Arcalaiis, frère de ce vaillant Ardan Canile, que j'ai tué en combat singulier. Dites-moi de grâce comment vous êtes entré <lans cet inaccessible château, où j’ai été pris par art magique, avec tous ces princes que vous voyez ici étendus sur la paille comme des misérables? par quelle adresse avez-vous enchaîne les deux tiers géants qui en gardoient la superbe porte, et qui levoient sans cesse en l'air leurs terribles massues ? par quel bonheur avezvous endormi ce vigilant griffon qui veille jour et nuit dans la première cour, et qui dans ses fortes serres enlève jusqu’aux nues un chevalier armé de toutes pièces? En vérité, don Tarfeyan de Grenadine, vous êtes l’outre-preux de la chevalerie, d'avoir vous seul mis à fin une aventure qu'ont avant vous tentée vainement l’empereur de Constantinople, Espladian, et la divine Alastraxerce, la propre fille du dieu Mars. J’envie votre gloire, puisque par vos vaillantes mains, à qui n'a pu résister Arcalaiis, nous serons tous en ce jour tirés d'esclavage, et que sa sœur Arcabonne, qui n’est pas moins à craindre que lui, sera honteusement fouettée comme sorcière dans tous les détours de ce château, malgré le tendre amour qu’elle a conçu pour moi. Don Alvar lui répondit : Seigneur Don Quichotte, j’ai endormi le griffon aussi adroitement que l’auroitpu faire le dieu Alercure lui-même. Outre cela j’ai enchaîné les géants, et tué le traître enchanteur, votre ennemi; mais tout cela ne suffit pas pour vous mettre en liberté. Il faut encore faire parler en votre faveur l’oracle pro- Don Quichotte.

3oG DON QUICHOTTE.

j)liél itjue de la statue de bronze du perron merveilleux.. C'est en cpioi consiste la plus grande difficulté de l’aventure. Dès qu’il aura parlé, vos fers tomberont d’euxmêmes; au lieu que sans cela nulle valeur, nulle force ne vous en peut affranchir. Je me (latte d’y réussir par le secours d’un enchanteur de mes amis, qui emploiera volontiers pour vous, à ma prière , tout le pouvoir de son art. Celte affaire étant finie, nous ferons donner le fouet, comme vous le souhaiterez, à votre amoureuse sorcière, qui le mérite bien. Allez donc, vaillant don Tarfeyan, s’écria Don Quichotte, allez remplir vos grandes destinées à la gloire de la chevalerie errante ; et, pour reeonnoître l’important service que vous me voulez rendre, je vous permets de m’accompagner dans mes aventures, ce que je ne voudrais pas accorder à aucun autre chevalier; mais vous me paraissez digne de cet honneur. Vous combattrez à mes cotés, jusqu’à ce que j’aie conquis le puissant empire de Trébisonde, et que je me voie marié à une belle reine d Angleterre, de qui je dois avoir deux (ils gémeaux, qui naîtront après beaucoup de larmes, de vœux et d’oraisons. Tous ceux qui entendirent parler ainsi Don Quichotte n’eurent pas besoin d’autres preuves pour être pleinement convaincus de sa folie. Ils se mirent tous à rire, à la réserve de don Alvar, qui garda toujours son sérieux, de peur sans doute que notre incomparable chevalier ne rétractât la permission avantageuse qu’il venoit de lui donner. Cependant l’aventure du perron merveilleux ne souffrait aucun retardement, parce que les alguasils pressoient la marche du nouveau convoi; mais don Alvar les pria de la différer jusqu’à ce qu’il eût

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