‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 163 sur 215 · LIVRE II, Cil A P. II · texte numérisé non relu

LIVRE II, Cil A P. II

parle au lieulenant-crimineî c*n faveur du prisonnier; ce qu ils n osèrent refuser à un homme de sa qualité, quelque envie et quelque impatience qu’ils eussent de voir lustiger don Quichotte, pour le mal qu’il avoit lait aux. uns, et pour la frayeur qu'il avoit causée aux autres. Don Alvar, qui connoissoit le caractère de ces sortes de gens, ne voulut pas s’y fier. Il laissa un de ses amis avec Don Quichotte, pour empêcher qu'on ne lui lit quelque insulte, pendant qu'avec l’autre, qui étoit parent du lieutenant-criminel, il alla travailler à lelargissement du prisonnier. Sanclio voyant sortir don Alvar de la prison courut au-devant de lui, et lui dit avec beaucoup d’action: lié bien, seigneur Alvaro, que lont là- dedans tous ces juifs? Ne tirerez- vous point mon maître (h* leurs pâtes? Sanclio, mon ami, lui répondit don Alvar, tout ira bien. En même temps il ordonna à un de ses pages de mener chez lui ce bon paysan et de l’y bien régaler. Quand Sanclio entendit donner cet ordre, il s’écria : Dieu vous le rende! seigneur Tarfé; mais faites eu sorte, s’il vous plaît, que ces méchants pharisiens nous rendent le pauvre Rossinante, qu’ils ont enlevé comme un corps saint, sans lui dire seulement pourquoi. Demandez-leur aussi la rondaehe enchantée; car monseigneur Don Quichotte me souhaiteroit la gale, si je 11e la lui retrouvois pas. Et, par ma foi , il nous en a coûté treize réaux pour la Elire peindre à l’huile par un vieux peintre d’Ariza qui est pour le moins aussi bossu que le prieur duToboso, et qui demeuroit dans une certaine rue dont j’ai oublié le nom. Cela suffit, Sanclio, mon ami, dit don Alvar, reposez-vous sur moi de toutes ce^ choses. Vous n’avez

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seulement qu’à suivre ce page, qui vous fera faire bonne chère. Sanclio le suivit donc, et don Alvar alla chez le juge, qui ne fut pas plus tôt instruit de l’étrange folie de Don Quichotte, qu’il ordonna de bonne grâce qu’on le remît sain et sauf entre les mains du Grenadin avec tout ce qu'on lui avoit pris. Tarfé ne perdit point de temps : il retourna à la prison, d’où il tira le prisonnier, qu’il lit transporter à son auberge dans un carrosse de Louage qui passa dans l’esprit du chevalier pour le char volant de quelque magicien ami de la chevalerie errante.

Don Quichotte étant arrivé chez don Alvar, on le coucha pour lui faire prendre quelque repos; et quand l’heure du souper fut venue, on approcha la table de son lit, et l’on servit. Quelques amis de Tarfé, qui étoient de ce repas, admiroient la contenance du chevalier et toutes les choses qu'il disoit ; mais le Grenadin, voulant leur donner le divertissement entier, fit venir Sanclio sur la lin du souper. Ge bon écuyer, qui avoit bu et mangé à discrétion, c’est-à-dire comme quatre, étcil alors de belle humeur. Il raconta toutes les aventures de son maître avec ses simplicités ordinaires; mais, lorsqu’on parlant de la princesse de Galice, il avoua franchement qu’il ne lui avoit donné que quatre sols au lieu de deux cents ducats, Don Quichotte 1 interrompit avec transport. Comment, double maraud, lui dit-il , tu me fais de ces tours-là! 6 infâme et méprisable mortel! qu’on voit bien que lu n'es qu’un vil paysan, et non pas un chevalier de noble race, puisque tu as été capable île traiter de la sorte une princesse d’un si rare mérite; mais je jure par le glorieux

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