‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 176 sur 215 · LIVRE TT, CITA P. V. ?>2Q · texte numérisé non relu

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boisseau clans notre jardin; et si l'anncc est bonne, je les vendrai comme il faut; tout ce que je crains, c’est que je ne les mange avant qu’elles soient mûres : mais quand je m’en approcherai, il faudra que ma femme me mette un haillon dans la bouche. Votre femme! dit alors don Carlos, vous êtes donc marié, Sancho ? lié, avez-vous une belle femme? Comment belle! repartit l’écuyer, je ne la changerois pas pour madame Dulcinée du Toboso, qui s’appelle en son propre nom Aldonea Loreneo, autrement Nogalez. Il est vrai que ma femme aura cinquante-cinq ans aux herbes prochaines, et que le soleil lui a brûlé la face; mais avec tout cela, c’est une femme qui donneroit son reste à un docteur. Elle jase comme une pie. La seule chose que le seigneur curé lui reproche, c’est qu'elle n'a pas plus té>t amassé quatre ou cinq sous, que vous auriez plutôt son honneur que de l'empêcher de les aller porter chez Juan de Perez, le tavernier du village, pour les changer en eau de raisin. Avez-vous des enfaus , lui demanda quelqu’un de la compagnie? lié, pardi, répondit Sancho, qu’aurions-nous fait au Seigneur pour n’en pas avoir? Oui vraiment nous en avons. J’ai entre autres une petite Sanchette, qui est si rusée, qu’elle en sait déjà autant que sa mère. Mardi, c’est une créature bien taillée, et qui est sage comme une Magdeleine. Pour la beauté, je m’en rapporte à ceux qui disent qu’elle ressemble on ne peut pas mieux à notre curé, qui est le plus beau mâle de toute la Manche. La naïveledc l’écuver lit rire tous les convives, et don Alvar remarquant qu d n’avoit plus rien à manger, lui dit : Ami Sancho, voyez s’il vous reste encore quelque boyau vide, pour v loger

DON QUICHOTTE, cette assiette de blanc-manger. Sanclio la prit en lui répondant : Seigneur Tarfé, je vous remercie; j’espère qu’avec l’aide de Dieu cela ne couchera pas dehors. Aussitôt il porta la main sur l’assiette, et en un moment on vitdisparoître tout le blanc-manger, à la réserve de ce qui s’en répandit sur sa barbe.

Le repas étant fini, le maître du logis conduisit les convives au fond de la salle, et les fit asseoir sur une estrade , pendant que les domestiques enlevoient les tables; et comme il vouloit faire tout l’honneur de la fête à Don Quichotte, il le plaça entre don Alvar et lui, et fit signe à Sanclio, qui ce soir -là méritoit à juste titre le fameux surnom de Pança, de s’asseoir à terre aux pieds de son maître. Alors don Alvar commença de faire des reproches à Don Quichotte de ce qu'il n’avoit point pris de part à la joie de la compagnie, et n’avoit fait que rêver, sans toucher seulement aux mets qu’on lui a voit servis. C’est une marque, ajouta don Carlos au discours de Tarfé, que le seigneur Don Quichotte n’a pas trouvé nos ragoûts assez bien apprêtés, et il ne faut pas s’en étonner. Les repas des simples cavaliers tels que nous peuvent-ils satisfaire un goût comme le sien? peut-il trouver de quoi se contenter ici, lui qui, après avoir remporté les prix des tournois, et mis à fin des aventures inouïes, est régalé tous les jours dans les cours des empereurs, des soudans et des califes; tels que sont ceux de Trébisonde , de Niquée et de Syconie, si célèbres pour la somptuosité et la délicatesse de leurs tables. Par la gerni, interrompit brusquement Sanclio, je ne puis souffrir toutes ccs fariboles. Ceux qui vous les ont contées, seigneur Carlos, sont des menteurs.

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