CHAPITRE VI
Delà rencontre que fit Brandimart du brigand Barigace , et comment il conquit le bon cheval Batolcle.
L’amoureux Brandimart fit tant de diligence pour arriver assez à temps au secours de sa dame, qu’il atteignit les Lestrigons qui la poursuivoient. Il fendit jusqu’à la ceinture le premier qu’il rencontra sur son passage; il coupa l’épaule d’un autre avec le bras, et les deux cuisses à un troisième. Le reste de ees monstres, qui étoientau nombre de trente, voyant une telle expédition, quittèrent Fleur-de-Lys pour se rassembler autour du guerrier. Il l’assaillirent tous ensemble, les uns avec des bâtons , et les autres en lui lançant des pierres : mais il leur donna la chasse; et quand il n’eut plus rien à craindre pour sa dame, il courut à elle les bras ouverts, et la tint long-temps embrassée sans pouvoir proférer une seule parole, tant il étoit encore saisi d’effroi du péril qu’elle avoit couru. La tendre Fleurde-Lys lui témoigna sa joie par les transports les plus vifs ; mais, quelque sujet qu’ils eussent de se réjouir de cet heureux événement, le souvenir d’Angélique et de Roland, dont ils ignoroient la destinée, ne leur permettoit pas de s’abandonner à la joie.
Ils delibéroient sur le parti qu'ils prendraient, lorsqu’ils virent venir vers eux, le long du vallon, une caravane de voyageurs, suivie d’un grand nombre de