‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 197 sur 215 · LIVRE III, Cil AP. III. 3 (H · texte numérisé non relu

LIVRE III, Cil AP. III. 3 (H

je commençai bientôt à me mieux porter, et dans peu de jours je me vis en état d’aller témoigner à doua Louise la reeonnoissance que |e lui devois. Kl le ne refusa point de me voir cette fois-là; elle me reçut même avec un visage riant. Hé bien, don Grégorio, me ditelle, êtes- vous entièrement remis de votre indisposition.’ Oui, Madame, lui répondis- je, et je viens vous remercier comme ma libératrice. Je n’ai pu me résoudie , reprit-elle, a laisser périr un homme que j’estime autant que vous: mais je me flatte que vous n’abuserez point de ce que j’ai fait en votre faveur, et «pie vous travaillerez à détruire en vous tout ce qui est capable de troubler votre repos. Je veux bien, pour vous consoler de la nécessité où vous êtes de renoncer à moi, vous avouer que si je fusse restée dans le monde, je vous aurois préféré a tous les hommes. Après cela ne soyez pas assez injuste pour vous plaindre de doua Louise; faites vos efforts pour vous détacher d'elle comme elle va faire tous les siens pour vous fuir. Voilà ce que j’exige de vous. Eh! voilà, interrompis-je, la seule chose que vous ne devez point attendre de mon obéissance. La volonté et la raison sont de foibles armes contre un amour aussi violent que le mien. J’ai déjà inutilement tenté le secours de l’absence; Madame, laissez-moi la liberté de vous aimer, et de vous le dire quelquefois. Vous savez avec quel respect je vous ai servie dans le temps que vous pouviez être à moi. Je ne me démentirai point dans la suite, et je réglerai si bien mes sentiments que votre sévérité en sera satisfaite. lié! que penseroit-on de moi, dit-elle d’un ton languissant, si je continuois de vous voir lorsqu’il ne Don Quichotte. „ ,

m’est plus permis de souffrir que vous m’aimiez? À quels chagrins m’exposeriez-vous? Je cacherai, lui répondis-je, mon amour avec tant de soin, que ce sera un secret pour tout le monde. Et moi, don Grcgorio, reprit -elle, ne le saurai -je pas? Vous imaginez-vous <pie je compte pour rien mon estime, et que je fusse contente de moi si je me sentois capable de trahir mon devoir? Mais quand même je surmonterais cette délicatesse, je croirais perdre votre estime en acceptant le parti que vous m’offrez. Quoi! Madame, lui dis- je, j’aurais moins d’estime pour vous, si vous m’aimiez! lié! de grâce, cessez de me mettre au désespoir. Ma passion est si pure et si désintéressée, que vous la pouvez souffrir sans scrupule. Non, non, s’écria dona Louise toute troublée, je ne suis plus ce que j'étois autrefois, retirezvous, et ne me parlez jamais d'un amour que je ne veux ni ne dois plus écouter. Hé bien, Madame, lui dis-je avec transport, il faut vous délivrer des plaintes d un malheureux. Je vais mourir pour éviter des maux cent fois plus cruels que le trépas. Je vois bien que ma vie et ma mort vous sont également indifférentes, puisque vous ne voulez plus souffrir ma présence. En prononçant ces mots, je fis quelques pas pour sortir; mais dona Louise m'arrêta en me disant : Don Gregorio , qu’allez- vous faire? Hélas! ajouta-t-elle en laissant malgré elle couler quelques larmes, que deviendrois-jc si j’avois votre mort à pleurer? Vivez, pour m’épargner un chagrin qui réduirait ma constance à la dernière épreuve. Madame, lui dis-je, soyez donc plus cruelle, ou achevez de me rendre heureux en me permettant de vous aimer. Prenez enfin une résolution. Je ne sax

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