LIVRE III, CH AP. VI. 3q
trcr que très difficilement. Le sage l riston , mon ancien ennemi, y a une caverne fort spacieuse, dans laquelle il tient enchantes un grand nombre de chevaliers et de princesses, parmi lesquelles, depuis peu de jours, est la sage Urgande la déconnue. Elle est cruellement attachée avec de grosses chaînes de fer à une vaste roue de moulin que deux horribles démons tournent incessamment; et toutes les fois que son corps trappe avec impétuosité le rocher sur lequel est posée la roue, l'extrême douleur qu elle en ressent lui fait pousser les cris que nous venons d’entendre. Un pareil discours fut fort nouveau pour le juré, qui, étant naturellement assez simple, dit à Don Quichotte avec beaucoup d'ingénuité : Seigneur chevalier, les enchantements ne se pratiquent point en ce pays-ci, et je ne crois nullement que les choses que vous dites soient dans ce bois; tout ce que nous pouvons penser de plus raisonnable, c’est que des brigands y auront assurément traîné quelque femme qu’ils auront volée et maltraitée. Ce que nous avons a faire , c’est d’y entrer pour voir si elle est encore en état de recevoir du secours. Monsieur le juré, dit brusquement Don Quichotte, savezvous bien que je n’aime pas les contestations, et surtout avec de petits jurés qui doivent se taire devant les chevaliers errants. Bracamonte, pour empêcher qu’il ne survînt une querelle, s’approcha du juré, et lui dit en deux mots cequec’étoit que Don Quichotte, qui comme homme fort intéressé dans la délivrance d’Urcande
avoit déjà tiré son épée, et alloit entrer dans le bois, disant que c’étoit à lui seul qu’il appartenoit d'achever l'aventure. Mais Sancho, saisissant la bride de Rossi-
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liante, arrêta son maître, et se mit à genoux devant lui,
tenant son bonnet a la main. Don Quichotte jugeant
|)ar-là que son écuyer vouloit parler, lui demanda ce quil avoit à lui dire? Monseigneur, répondit Sanclio, vous vîtes bien l'autre jour, en sortant de Saragosse, comme je me portai roule contre le seigneur ïîracamonte; je vous supplie très humblement de me laisser encore cette aventure, afin que je puisse mériter par mes batailles il être un jour chevalier errant, et d’avoir comme vous jjlace dans la légende. J’irai tout bellement sur mon âne pour voir qui est cette princesse qui se plaint si fort; et si je trouve endormi ce maroufle de Fri ton qui nous en veut, je vous l’amenerai ici jiar le collet, et lui donnerai une vingtaine de gourmades avant qu'il se soit réveillé. Cependant, comme on ne sait ni qui vit ni qui meurt , et que souvent on revient tondu quand on va pour avoir la laine, si nous mourons, mon grison et moi dans la bataille, je vous prie de nous faire tous deux enterrer ensemble. Ami Sanclio, lui dit Don Quichotte, pour te faire voir que je ne souhaite rien avec tant de passion que ton avancement dans les aventures, je veux bien t’accorder celle-ci ; mais je ne consens de t’en céder tout l’honneur qu'à condition que si tu l’achèves tu quitteras ton habit de paysan, et te feras armer chevalier par les propres mains du roi, aussitôt que nous serons arrivés en sa cour, afin qu'après cela tu (misses monter un superbe coursier andalous; et, armé de toutes jiièces, aller dans les tournois tuer les géants, et désenchanter les dames et les chevaliers. Monsieur, repartit l’écuyer, vous n’avez qu'à laisser courir les chiens après la bête. Je ne suis pas homme à