‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 21 sur 215 · CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vil

De V arrivée de Brandimart et de Fleur-de-Lys au Palais

dangereux.

Brandimart monté sur Batolde, et Fleur-de-Lys sur sa baquenée, se remirent en chemin. Ils marchèrent tout le jour, et le lendemain de fort bonne heure ils arrivèrent à la grande ville du Kunitki, capitale du royaume de Nayada ; ce qui leur donna d’autant plus de joie, qu’ils n’avoient plus que des lieux fréquentés à traverser pour aller jusqu'à Élutb. Le chevalier fit

panser la blessure qu’il avoit reçue à la cuisse, et cela

ne les retint que peu de jours.

A deux journées du kunilki ils rencontrèrent un grand palais. La richesse du portail, qui ctoit d’un marbre noir orné de bas-reliefs blancs, piqua leur curiosité pour le reste : ils entrèrent dans une grande cour entourée de beaux arbres touffus qui s’élcvoient jusqu’aux nues; et de chaque coté dans le mur, on voyoit deux superbes grilles d'or massif, par lesquelles on entroit dans les jardins. Il y avoit au fond de la cour un château d'une riche architecture ; il occupoit toute la face du fond, et tout y paroissoit d'une magnificence étonnante. Brandimart et son amante descendirent de cheval, marchèrent vers l’édifice, et se préparoient à monter six marches de marbre noir qui conduisoient sous un vestibule soutenu par un rang de colonnes torses, lorsqu’ils virent paroître sur un balcon du premier étage une belle dame qui leur dit : Quelle fatale curiosité vous conduit ici tous deux? Vous cherchez votre perte. Il faut que vous ignoriez que ce palais s’appelle le Palais dangereux. Fuyez, s'il en est temps encore; éloignez-vous de ce lieu funeste.

Comme les deux amants, frappés de ces paroles, balançoient à se déterminer, une des deux grilles s’ouvrit avec fracas. Il sortit du jardin un géant d’une grandeur énorme. Il n’étoit armé d'aucune arme offensive ni défensive. Il tenoit seulement par la queue un dragon couvert d’écailles d'or, qui sembloit vouloir lui nuire en tournant sans cesse autour de sa tête, et en se débattant. Il est vrai qu’il ne pouvoit faire autrement, puisque le géant le tenoit étroitement serré dans sa

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