‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 23 sur 215 · LIVRE V. Cil A P. \ IL · texte numérisé non relu

LIVRE V. Cil A P. \ IL

cour; ils n'y remarquèrent aucune autre ouverture que les deux grilles d'or, qui même leur parurent alors fermées. Ne sachant plus comment ils pourroient sortir, ils furent obligés de retourner vers le palais, dans 1 espérance de pouvoir parler a la dame qu ils avoient vue, et d’apprendre d’elle par quel moyen ils pourroient se tirer d embarras. Ils montèrent les degrés du portique, et entrèrent dans le vestibule, qui les conduisit à un grand salon, au milieu duquel etoit un sépulcre de marbre noir. Comme ils voulurent s en approcher, un grand chevalier, armé de toutes pièces, qui en defendoit l’approche, assaillit si brusquement. Brandimart, qu'à peine lui donna-t-il le temps de se mettre en défense. Ils combattirent une partie du jour, sans qu’il parût qu’aucun des deux eût le moindre avantage sur l'autre. Le chevalier du château, quoique blessé en plusieurs endroits, loin de s’affoiblir, sembloit reprendre de nouvelles forces.

Pendant le combat, la dame du balcon parut; et après avoir considéré Brandimart, elle lui dit : Seigneur chevalier etranger, votre ennemi ne sauroit être vaincu dans le salon, et vous êtes mort si vous ne l’en tirez par force ou par artifice. A ce discours de la dame, le chevalier du château la regardant d'un œil furieux, s’écria: Perfide, tu fois bien voir par ces paroles l’horreur que tu as pour moi; mais tu en seras punie. A ces mots, il courut vers elle, pour l'immoler à son ressentiment. Brandimart s’y opposa en se mettant entre eux. Son ennemi, outre de ne pouvoir se venger de la dame, tourna toute sa rage contre lui. Ils recommencèrent à se frapper; et Brandimart, s’apercevant que ses coups,

qui auroient fendu une roche, ne pouvoient abaltre le chevalier, profila de l avis qu'il venoit de recevoir; il s’abandonna sur lui, et le saisissant par dessous les bras, malgré qu'il en eut, il l’emporta d’une force inconcevable hors du salon : il traversa même le vestibule, et le jeta sur les degrés du portique pour l’éloigner davantage du tombeau, clou il jugea bien qu’il tiroit toute sa force. Effectivement, à peine le chevalier du château fut hors du salon, que ses plaies s'ouvrirent, et que son sang, qui a voit été retenu jusaue-là par le charme, commença de couler en si grande abondance, qu’en peu de moments il le laissa sans vie.

«Après sa mort, l’amant de Fleur- de- Lys s’avança vers la dame du palais, et la remercia de la victoire qu’il venoit de remporter. Elle lui répondit gracieusement : Seigneur chevalier, quand votre courage seul ne m’eut pas portée à vous rendre le service que vous avez reçu de moi, mon propre intérêt m'y auroit déterminée. Je vous dirai même, pour votre avantage et pour le mien, que le plus difficile de l’aventure vous reste encore à faire. 11 faut absolument que vous ouvriez le sépulcre du salon, et que vous fassiez une chose pour laquelle sans doute vous vous sentirez de la répugnance ; néanmoins elle nous importe à tous trois à un point , que si vous refusiez de la faire, vous nous verriez périr, cette dame et moi, et vous-même avec nous. De quoi s’agit-il , dit Brandimart i' Il s’agit, repartit-elle, de baiser le premier objet que vous trouverez à l’ouverture du tombeau. S'il ne faut que cela, s’écria le chevalier, ne craignez rien, il n’est rien de si hideux dans les enfers que je ne baise, s'il est néces-

Page 1