‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 26 sur 215 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Histoire de Doristelle.

Lorsque les deux amants se furent remis en chemin avec Doristelle, ils prièrent cette dame cle leur apprendre ce qui l’avoit éloignée de la cour du roi son père. Doristelle, qui ne cherchoit qu’à les contenter , satisfit leur curiosité dans ces termes :

Doliston, mon père, eut deux filles, dont je suis la cadette. Ma sœur aînée fut promise dès sa première enfance au prince de ce pays de Nayada, dont le père étoit lié d’une amitié très étroite avec le mien. Pour mon malheur, ce mariage concerté ne s’acheva pas, comme si le ciel eut voulu punir notre famille du

dessein d’unir deux cœurs dont il n’avoit pas résolu l’union. Ma sœur fut perdue peu de temps après cet accord; et voici comme la chose arriva :

Un jour de la belle saison, toute la cour de mon père alla prendre le divertissement de la chasse dans un bois, à quelques milles de la ville. Pendant que le roi, accompagné de ses principaux courtisans, poursuivoit quelques bêtes que les chiens avoient lancées, la reine, préférant les plaisirs tranquilles aux tumultueux, avoit fait tendre des pavillons sur le bord d’un agréable ruisseau, qui coidoit à l’entrée du bois dans une prairie toute parsemée de fleurs. L’air étoit serein, et un doux zéphir modéroit l’ardeur du soleil. Ma sœur, qui faisoit tout l’attachement de la reine, étoit avec elle, et avoit, dit-on , une beauté si merveilleuse, qu’elle channoit déjà tous les yeux, bien qu’elle eût à peine un lustre accompli. Dans le temps que toutes les dames de la cour étoient autour d’elle à admirer avec sa mère ses manières enfantines, et à la faire jouer le long du ruisseau, d sortit tout à coup d’entre les arbres une troupe de gens armés, qui, se mêlant parmi elles, arrachèrent la petite princesse de leurs bras, et l'emportèrent dans le plus épais du bois, avant que quelques soldats, qui avoient été commis à la garde de la reine, et qui par respect se tenoient un peu éloignés, pussent accourir au secours de ma sœur. Tous ses gardes se mirent aussitôt sur les traces des ravisseurs, et ne tardèrent pas à semer l’alarme par tout le bois. Un grand nombre de chasseurs se joignirent à eux pour faire la recherche de la princesse ; mais ils ne purent rien découvrir; et quelques perquisitions qu’on

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