‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 27 sur 215 · LIVRE V, Cil A P. VIII · texte numérisé non relu

LIVRE V, Cil A P. VIII

ait faites dans la suite, on n’en a pu apprendre aucunes nouve lies.

Fleur-dc-Lys, qui doit fort attentive au récit de la daine, lui demanda le nom de la princesse enlevée. On l appeloit Amatlurse, répondit Doristelle, et la reine, ma mère, se nommoit Plidantie. Tout ce qu’on put juger de ce rapt, continua-t-elle, c’est qu’on en accusa un certain Fugiforque, chef de brigands, fort renommé dans le pays pour avoir fait îles coups d’une adresse et d'une subtilité sans exemple. On conjectura, et ce n’étoit pas sans fondement, que les pierreries dont ma sœur étoit parée avoient tenté Fugiforque; mais de savoir ce qu'il a fait de la princesse, c’est ce qui n’est point venu à notre connoissance.

La perte d’Amatbirse me rendit seule princesse héritière de Lousaclian. Aussi Doliston me destina, à la place de ma sœur, pour être l’épouse du jeune Rentig, prince de Nayada. Lorsque je fus en âge de former cette union, le roi son père l'envoya dans notre cour pour me rendre des soins, et me disposer par ses galanteries à lui donner ma main sans répugnance. Mais hélas! qu’il étoit peu fait pour gagner les affections d’une jeune princesse qui vouloit être prise par les yeux ! 11 avoit dans son air quelque chose de si rebutant, qu il étoit difficile de s’y accoutumer. Malgré la passion violente qu’il conçut pour moi, il avoit des manières si féroces, que ses complaisances mêmes paroissoient des commandements. J’avois pour sa personne un dégoût qui ne peut s’exprimer; et ce n’etoit pas pour le faire cesser, que le ciel conduisit alors à notre cour un autre jeune prince, qui étoit tout charmant.

C’étoit le fils du roi de Mugal. L’attachement qu’il eut pour moi attira sur lui mon attention; et la prodigieuse différence que je remarquai entre lui et Rentig augmenta l’aversion que j’avois déjà pour l’un , et mit mon cœur dans toute la disposition possible à recevoir les soins de l’autre. Une dame naturellement tendre ne résiste pas long- temps à la passion d’un amant aimable et empressé. Le jeune Cilinx, ainsi se nommoit le prince de Mugal, me parla plus d’une fois de ses peines, et j’en sentis plus vivement la nécessité qu’on m’imposoit d’épouser son rival. Enfin ce cruel jour arriva, où je devins femme de Rentig, qui n’eut plus d’autre empressement que de m’arracher d’une cour oii tout lui faisoit ombrage. Il a voit surtout remarqué la passion que Cilinx avoit pour moi, et la jalousie qu’il en avoit conçue ne lui permettoit de prendre aucun repos qu’il ne m’en eût séparée. Il prit congé de Doliston, sous prétexte de faire voir sa nouvelle épouse au roi son père. Que mon départ me fit de peine ! Je ne partis pourtant qu’après m’être ménagé un secret entretien avec Cilinx, sans que mon jaloux en pût être instruit, malgré tous les soins qu’il prit pour nous ravir cette consolation.

Le roi de Nayada me reçut assez bien; et, quoiqu’il soit naturellement d’une humeur fort austère, je n’eus point à me plaindre de scs manières pendant six mois. Ceux mêmes qui connoissoient son esprit à fond me dirent qu’il n’avoit jamais eu pour aucune dame autant d’égard et de complaisance qu’il en témoignoit pour moi. Rentig, le plus défiant de tous les hommes, en fut inquiet. Il trouva que la condescendance du roi me

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