‹ Œuvres de Le Sage (volume 3)Chapitre 32 sur 215 · LIVRE V, CH A P. IX · texte numérisé non relu

LIVRE V, CH A P. IX

A peine Doristelle avoit raconté son histoire, qu’il sortit tout à coup d'entre les arbres d un bois que Braridimart et les deux dames traversoient alors, vingt a trente voleurs, tant à pied qu’à cheval; quelques-uns commencèrent par se saisir de f'Ieur-de-Lys et de Doristelle, le reste se jeta sur le chevalier; mais ses armes enchantées résistèrent à leurs coups; au lieu que ces brigands étoient découpés d’une étrange sorte par Tranchère, maniée par un bras aussi vigoureux que celui de Brandimart; et si l'un d'entre eux ne se fût légèrement jeté sur la croupe de Batolde pour assaillir par derrière le guerrier, ils n'auroient pas tenu long-temps contre lui. Ce voleur l’incommodoit beaucoup; car en l’embrassant étroitement par les épaules, il lui ôtoit la liberté de se servir de ses bras, tandis que les autres brigands l'attaquoient par-devant tous ensemble. Cependant Brandimart lit tant d’efforts pour dégager son bras droit, qu il en vint enfin à bout.

Alors chargeant à son tour les malheureux qu’il avoit en tête, il en tua la plus grande partie, et donna la chasse aux autres. Néanmoins il ne laissoit pas d’être toujours tourmenté par celui qui le tenoit embrassé par derrière; et ne pouvant autrement s'en debarrasser, il prit le parti île se laisser tomber à terre. 11 entraîna le voleur avec lui, et l’obligea, par ce moyen, à lâcher prise. Quand ce brigand vit que le chevalier étoit libre, et qu’il se disposoit à se venger, il eut recours à sa clémence : Seigneur, lui dit-il en se jetant à ses pieds, je sais que j’ai mérité la mort; et ce n’est point pour 1 éviter que je vous supplie de me faire conduire à Lousachan; c est pour I acquit de ma conscience, qui m’o-

hlige ;i déclarer au roi Doliston une offense que je lui ai faite, et que je puis réparer, en lui révélant un secret dont je voudrois lui donner connoissance. Brandimart lui promit cette satisfaction; et pour cet effet il le lia sur un des chevaux des voleurs qui avoient été tués. Il le mena dans cet état jusqu’à la vue de Lousaclian. Mais Doristelle ne fut pas peu surprise de trouver cette ville assiégée par une armée formidable qui Penvironnoit. Helas! s’écria cette princesse à ce spectacle, quels sont les malheurs de notre maison! La perte des deux princesses ses filles, ne su ffisoit pas au roi mon père pour l’accabler, il falloit encore qu il se vît assiégé dans sa capitale!

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